Rue Frontenac - Maîtres chez nous…






Maîtres chez nous… PDF Imprimer Envoyer
La chronique d'Yvon Laprade
Mardi, 07 juin 2011 02:19

Petit retour en arrière: le 22 octobre 1962, le premier ministre du Québec, Jean Lesage, brandissait le thème de la nationalisation de l’électricité. Ça lui avait valu de remporter les élections haut la main. Il avait prononcé le désormais célèbre «Maîtres chez nous».

On parlera alors de Jean Lesage comme du père du nationalisme québécois, et les années soixante au Québec seront celles de la croissance de l’économie québécoise.

On verra apparaître des sociétés d’État sous la gouverne de Lesage, notamment la Société générale de financement (SGF), le bras industriel du gouvernement.

La semaine dernière, l’ancien ministre péquiste et actuel chef de la Coalition pour l’avenir du Québec, François Legault, a parlé d’économie en jouant la carte du nationalisme québécois. Il a fait un clin d’œil à nos agriculteurs qui vivent des moments difficiles.

Il a proposé, notamment, de créer des fiducies pour leur permettre de conserver leurs biens et ainsi éviter qu’ils ne passent aux mains de spéculateurs étrangers, les investisseurs chinois, par exemple.

Le péril jaune

C’est un fait connu: les agriculteurs québécois vivent des moments difficiles. Plusieurs tiennent le coup difficilement. Certains songent à vendre leurs terres; d’autres les vendent pour une bouchée de pain. Triste réalité.

«Ce n’est pas en cultivant la terre et en s’occupant des animaux qu’on se met riche», me disait mon père. Photo d’archives Annik MH de Carufel

Il y a un an, des médias ont rapporté que des investisseurs asiatiques achetaient des milliers d’hectares de terres cultivables au Québec. Le péril agricole jaune guetterait notre économie agricole…

Le sort réservé à nos agriculteurs mérite réflexion. Ceux qui nous nourrissent sont contraints de vendre leurs terres pour effacer des dettes et se mettre un peu d’argent de côté, pour autant qu’il en reste après la transaction. C’est sans compter ceux qui vendent à perte pour ne pas faire faillite.

Économie glamour

L’économie agricole québécoise ne fait pas souvent la manchette. On s’émeut davantage quand on parle du projet d’amphithéâtre à Québec avec les fonds du gouvernement du Québec (notre argent) et ceux des contribuables de la Ville de Québec. On aime parler économie quand c’est glamour.

Voilà pourquoi j’ai fait le saut quand j’ai entendu François Legault parler de nos agriculteurs en amenant des solutions qui, doit-on l’admettre, restent à être testées. Le chef de la Coalition et ancien PDG de Transat a d’abord promis de faire de l'économie québécoise «une économie de propriétaires» plutôt qu'une «économie de succursales». Il s’est aventuré sur des sentiers moins fréquentés.

Je me suis rappelé les propos de mon père, qui a été propriétaire d’une «belle terre», comme il disait, dans le rang Brodeur, à Saint-Eugène-de- Grantham, entre Saint-Hyacinthe et Drummondville.

Mon père – qui a perdu sa ferme lors d’un incendie, à la fin des années 1940, provoqué par un branchement électrique défectueux, du temps de Maurice Duplessis – me disait qu’il n’y avait rien qui se comparait avec la terre.

Les vraies affaires

«Mais il faut que je te dise une chose, mon garçon: ce n’est pas en cultivant la terre et en s’occupant des animaux qu’on se met riche», m’a-t-il déjà confié tout en me parlant de ses vaches laitières et de ses chevaux «qui travaillaient aussi fort qu’un homme», disait-il avec des éclats d’admiration dans les yeux.

Il était humain, mon père, et il savait compter. Il avait vite réalisé que l’État québécois ne lèverait jamais le petit doigt pour l’aider à mettre de l’argent de côté. Sous le régime Duplessis, les cultivateurs étaient isolés. Ils étaient souvent seuls dans le rang…

Mon père a quitté sa campagne pour venir gagner sa vie en ville, dans une manufacture du sud-ouest de Montréal. J’aurais pu devenir fils de cultivateur. Je suis devenu fils d’ouvrier. Ça n’a plus d’importance aujourd’hui.

Mais je me suis souvenu les paroles de mon défunt père, la semaine dernière, quand j’ai entendu François Legault discourir sur l’avenir de nos producteurs agricoles et sur ce qu’on devrait faire pour sauver nos terres.

J’ai eu une pensée pour nos producteurs qui cultivent nos terres et qui cultivent aussi l’espoir d’un Québec qui saura un jour se nourrir de belles et nobles ambitions.

Je me suis dit, aussi, qu’il serait peut-être temps qu’on parle des vraies affaires…

Commentaires (5)

Flux RSS pour les commentaires

Affichez les commentaires
Bravo et merci!
0
Bravo et merci monsieur Laprade pour ces mots si percutants et pour ces pensées et réflexions sur un avenir qui semble si anachronique aux yeux de plusieurs et par ignorance. Si le Québec veut innover en matière d'économie, il est inutile d'attendre après la ''bénédiction politique''. Il suffit simplement de se relever les manches et d'agir. Parce que, après ''Maitres chez nous'', il y a eu ''Québec sait faire''...
PBSM , juin 07, 2011
Le péril québécois
0
Effectivement, je crois que les québecois ont soif d'un retour à un certain engagement envers leur territoire. L'exploitation des ressources en fait partie, mais l'agriculture aussi et on en entend parler si peu.
Malheureusement les gens ne peuvent agir directement pour améliorer ces domaines à l'exception du moyen qu'est la politique. La politique est le système pour passer à l'action pour une population et ce sera par ce moyen que les terres seront conservées entre des mains québecoises avec de véritables engagements.
Quand je vois la politique fait à la québecoise depuis les 10 dernières années et l'incompétence de certains (pas de tous) politiciens clés, je crains le pire...
Le péril, est-il vraiment jaune ou est-il plutôt québecois?
Simon , juin 07, 2011
ça fait du bien
0
Ça fait du bien en plein psychodrame de la politique spectacle de lire un texte un peu inspirant. Je ne partage pas les opinions de M. Legault bien que ses prises de position sur l'économie m'ont surpris. Au moins il a des idées c'est ce qu'on ne retrouve plus au PQ. Qu'en aux libéraux n'en parlons pas.
JacquesPatenaude , juin 07, 2011
...
0
Je ne comprends pas grand chose a ce que Legault propose, il veut nationaliser les terres agricoles??
simz04 , juin 07, 2011
Maîtres chez nous........ et vite !
0
Très bon billet, M. Laprade, merci !
Gaston , juin 07, 2011

Ecrivez un commentaire

Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

busy