Rue Frontenac - La haine






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La chronique de Valérie Dufour
Vendredi, 10 septembre 2010 08:40

L’église est toute petite, marginale et d’une intolérance crasse, mais ses 50 membres ont réussi à faire parler d’eux aux quatre coins du monde. Il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier le vil projet du Dove World Outreach Center de brûler samedi des copies du Coran pour «commémorer» les tristes événements du 11 septembre 2001. Et peu importe s'il va de l'avant ou non avec son projet d'autodafé, le mal est fait: Terry Jones a réussi à attiser la haine.

Ce n’est pas la première fois que le pasteur Terry Jones et sa micro-église évangéliste de Gainesville, en Floride, défraient la manchette. L’an dernier, l’intolérant religieux avait eu la brillante idée d’encourager ses commettants à envoyer leurs enfants à l’école vêtus de t-shirts sur lesquels était imprimé le slogan «Islam is of the Devil».

La simple idée de brûler le livre sacré des musulmans a été dénoncée par à peu près toutes les personnes sensées, allant du président des États-Unis, Barack Obama, au commandant des troupes de la coalition en Afghanistan, le général David Petraeus. Ces deux hommes ont particulièrement insisté sur le fait que ce geste ne ferait que légitimer les intégristes musulmans qui accusent l’Occident de tous les maux. Ils ont bien raison.

Symptôme d’un mal plus grave

Mais ce qui est le plus dérangeant dans toute la publicité entourant ce geste bigot, c’est que cette situation est symptomatique d’un mal bien plus grand frappant les États-Unis. Cette histoire est étrange et, il faut bien le dire, émane d’un groupuscule de religieux radicaux de la Bible Belt, mais elle s’inscrit néanmoins dans une mouvance malsaine de méfiance de nos voisins envers tout ce qui n’est pas blanc et chrétien.

Depuis le début de l’année 2010, on a d’abord vu l’État de l’Arizona adopter une loi pour lutter contre l’immigration clandestine. Promulguée en avril dernier, la loi permet aux policiers de cet État frontalier du Mexique d’interroger une personne s’ils la soupçonnent d’être un immigrant illégal. En pratique, cela veut dire que les agents ont le droit d’arrêter un individu en se basant uniquement sur la couleur de sa peau.

Plus récemment, c’est la construction d’un centre communautaire musulman sur l’île de Manhattan (Park51) qui a soulevé les passions, et pas à peu près. Cette tour de 15 étages avec une façade de verre comprendrait une mosquée, un auditorium de 500 places et une piscine.

Le projet est piloté par Feisal Abdul Rauf – un imam modéré – et l’homme d’affaires Sharif el-Gamal, un jeune investisseur immobilier né à New York. Ce qui choque les gens, c’est que ce complexe doit être érigé à deux pâtés de maisons de Ground Zero.

Fiasco de relations publiques

Il faut dire que ce projet a été depuis le début un gigantesque fiasco de relations publiques. La plus grosse erreur : la première présentation publique du projet a eu lieu le 5 mai dernier, soit quelques jours après l’arrestation de Faisal Shahzad, cet Américain d’origine musulmane qui est accusé d’avoir planté une voiture piégée à Times Square.

Si bien que les gens ont l’impression qu’un minaret va pousser sur les cendres du World Trade Center et que le nouveau temple sera pris d’assaut par une armée de barbus sanguinaires. J’exagère à peine, car certains citoyens ont comparé la réalisation du projet à l’équivalent d’ériger d’un monument à la gloire d’Hitler à deux pas d’Auschwitz. On se calme.

Le projet de construction d’un centre communautaire musulman, à deux coins de rue de Ground Zero, déchaîne les passions.  Photo d’archives Annik MH de Carufel

En fait, ce cas précis illustre le climat de méfiance qui s’est installé chez les Américains «pure laine» envers les musulmans depuis une dizaine d’années. Tout est souvent une question d’apparence, et Ground Zero est devenu une terre sacrée. Quiconque connaît New York sait très bien que «two blocks» d’une faune urbaine tissée aussi serré, ce n’est pas exactement la porte à côté, mais bon...

Le Time faisait d’ailleurs remarquer qu’il y a deux clubs de striptease (New York Dolls Gentlemen’s Club et Pussycat Lounge) à un coin de rue de Ground Zero et que personne ne semble s’en offusquer outre mesure. «La liberté religieuse pourrait être un problème, mais pas une danse à 10 $?», demandait ce magazine sur son site Web.

Patate chaude

Toujours est-il que la Ville de New York a approuvé le projet au début du mois d’août et que l’édifice sera vraisemblablement construit. Malgré la controverse, le maire Michael Bloomberg y est farouchement favorable, évoquant la liberté de religion. Et le président? Aux prises avec la perspective d’élections de mi-mandat dévastatrices, Obama a d’abord dénoncé la situation, avant de nuancer sa position avec un pas de cha-cha-cha.

Et s’il a admis cette semaine qu’il construirait ailleurs si c’était à refaire, Feisal Abdul Rauf a indiqué à l’émission Larry King Live qu’il ne changerait pas de site car il avait peur que le déménagement du projet encourage les extrémistes musulmans. Selon lui, tout recul serait vu comme un affront par les fous de Dieu qui aiment poser des bombes avec pour résultat de mettre en danger à nouveau la population américaine. C’est à se demander si on devrait renommer le projet Catch 22.

«La haine antimusulmane qui est en train de faire des métastases à travers les États-Unis depuis quelque temps est féroce dans sa détermination à nous amener à séparer nos identités en deux : soit on est américain, soit on est musulman», soulignait d’ailleurs cette semaine la columnist Eltahawy sur le site Common Ground News Service.

L’intolérance monte

La journaliste ajoutait que, depuis quelques jours, les petits incidents se succèdent. À New York uniquement, depuis une semaine, un chauffeur de taxi new-yorkais s’est fait poignarder par un client qui lui a demandé s’il était musulman, et un ivrogne est entré dans une mosquée pour uriner sur des tapis de prière.

«Et ce n’est pas juste le projet Park51. (...) Il y a au moins quatre autres projets de construction de mosquées dans le pays qui rencontrent une féroce opposition antimusulmane, et ces projets sont à des lieues de (Ground Zero)», note-t-elle.

La journaliste fait remarquer que, sous la présidence de George W. Bush, les Américains ont de plus en plus été poussés à démoniser l’ensemble de la population musulmane. Elle cite en exemple l’invasion de l’Irak, la guerre en Afghanistan et l’existence de prisons où l’on enferme de dangereux terroristes musulmans. Mme Eltahawy se demande maintenant jusqu’où ira cette hostilité.

On peut difficilement la contredire en regardant les résultats hallucinants d’un sondage réalisé en juillet par la firme Pew Research Center for the People & the Press et Pew Research Center’s Forum on Religion & Public Life. Cette enquête révèle que le tiers des électeurs républicains croient dur comme fer que Barack Obama est un musulman. Plusieurs croient également qu’il a un agenda islamiste caché et qu’il est né au Kenya, et non aux États-Unis.

Ici

Et on ne peut regarder ce qui se passe chez nos voisins sans, nous aussi, faire un peu d’introspection. Ici aussi, une bonne proportion de la population semble mettre tous les musulmans dans le même panier.

Comme ce fut le cas pour l’attentat raté de Times Square, l’arrestation de trois présumés terroristes le mois dernier à Ottawa vient renforcer cette fausse idée, d’autant que les personnes qui se sont fait pincer étaient toutes trois en apparence des musulmans bien intégrés à la société canadienne.

Comment ces jeunes ont-il pu en arriver là? Il ne faut pas oublier que le Canada est en guerre en Afghanistan depuis 2002. Et on peut bien se targuer d’être une société distincte, il reste que la crise des accommodements raisonnables au Québec a donné lieu à des débats houleux sur le port du voile islamique, débats qui font toujours rage plus de deux ans après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor.

Que faire? Une chose est sûre, l’intolérance et la haine ne nous amèneront rien de bon.

Commentaires (9)

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Top secret!
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Quand j'étais jeune, c'était défendu de parler de religion et de politique. On savait très bien que les deux étaient pourris à l'os et que la journée que nous allions le découvrir, les deux prendraient le bord. Aujourd'hui on ajoute d'autres religiond et d'autre partis politiques pour diviser et mieux régner.
J'ai très peur que nous n'ayons pas encore compris et que l'on va sauter dans le chaudron comme des colonisés un jour, colonisés toujours.
Carol Morissette , octobre 24, 2010
...
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Pas plus tard que cette semaine, un adepte de la "religion de la paix" a tué sa fille qui n'était pas assez soumise à son goût. C'est tellement moins grave que (ne pas) brûler un Coran.
Eric , octobre 15, 2010
VOILEZ VALERIE
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Mais avec des idées pareilles, qu'est-ce qu'elle fait en terre chrétienne alors qu'une place de quinzième épouse l'attend quelque part entre la péninsule arabique et le désert des Tartares ?
oxydant , octobre 05, 2010
Jesus n'approuverait pas!!
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Bien, le geste que voulait poser le pasteur et son église démontre un bien petit esprit et n'aide en rien la tolérance. Ce monsieur peut bien vouloir dénoncer le mouvement islamique et bruler le Coran, mais cela n'est pas une solution. Je pense qu'il a oublie certains chapitres du nouveau Testament, alors que Jesus ne s'inquiétait pas de ce qu'il y ait d'autres religions, mais démontrait par sa vie et son amour qui il était. Il guérissait les malades, ouvrait la vue aux aveugles, ressucitait des morts ect, ect. Effectivement, n'en déplaise aux musulmans ou autres, lorsque Jesus qui agit encore aujourd'hui fait un miracle, même les musulmans ne savent quoi dire. La puissance de Dieu, par l'intermediaire de Jesus Christ agit encore aujourd'hui, mais la foi amène ces miracles et aussi bénédictions. Toutefois, aujourd'hui, la foi en Christ diminue et c'est pourquoi la puissance de l'église qui se targue d'etre avec Jesus, diminue également. Lorsque l'on est véritablement avec Jesus, on n'agit pas cette façon. Seule la véritable foi au Christ produit des miracles et amène chez les autres la conversion, parce qu'ils ont vu et expérimenter la puissance de Dieu dans leur vie. Le reste, ce n'est qu'une perte de temps et de la provocation, ce que Jesus lui même, n'a jamais fait. Ce pasteur est définitivement hors de la track, comme on dit.
Mario Paquette , septembre 11, 2010
Ras-le-bol de l'islamophobie dominante, attisée par les médias de droite
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On constate à lire les commentaires précédents que le vieux fond raciste des Québécois dits de souche - ceux qui applaudissaient Mussolini et Hitler avec Adrien Arcand il y a encore 70 ans - n'a besoin que d'un prétexte pour s'exprimer. Et ils sont nourris par l'islamophobie qui règne dans les médias de droite (inommables Martineau et Dutrizac) et soi-disant de centre-gauche (forum du DEVOIR).
Bravo pour un excellent article, madame Dufour! Rue Frontenac se démarque avantageusement de ses concurrents.smilies/smiley.gif
martin dufresne , septembre 11, 2010
TOUS LES RELIGIONS SE RESSEMBLE !
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LA RELIGION CATHOLIQUE NOUS A ENSEIGNÉ LA HAINE ENVERS LES JUIFS ET LES TÉMOINS DE JÉHOVAH ET PROTÉGÉ LES PÉDOPHILES. EN BOUT DE LIGNE, ELLES SONT TOUS TRÈS MANIPULATEUR,AUCUNE RELIGION VALORISE L'HUMAIN, POURTANT...
Normand Morrissette , septembre 11, 2010
Qui?
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Oui on sait, on sait.
Qui n'a jamais lu le Coran est impur et vas aller en enfer.
Ce qui est fatiguant avec l'Islam c'est cette prétention d'être la dernière et donc l'unique religion valable.
On nous demande le respect et la tolérance envers l'Islam, la réciproque serait appréciée.
J'ai déjà travaillé avec un Musulman. Gentil monsieur, mais c'est pire qu'un témoin de Jéovah. On leur enseigne que l'Islam est la seule religion valable pour le salut de l'âme et le pauvre bougre n'a pas cesser de tenter de nous convertir pour le salut de nos âmes. On se calme un peu svp.
Charles S , septembre 11, 2010
Qui? , Ce commentaire a été désigné comme non-intéressant par les internautes. [Afficher]
Le grand naïf devant l'eternel
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Un centre communautaire musulman a deux pas de ground zero, pas besoin de d'un diplôme en psychologie pour comprendre le malaise. Le NY Time peut bien faire ses comparaisons boiteuses avec les danses a dix mais mais les responsables du futur centre auraient du prévoir les craintes et appréhensions des citoyens même si elles s'avèrent totalement non fondées. Faire comme si 911, un traumatisme majeur a Big Apple était chose du passé et ne même pas se donner la peine consulter ses principaux voisins démontre la vision courte, le manque de sensibilité et de jugement de ce grand stratège. BRAVO! Faisal Abdul Rauf.
Phatdub , septembre 10, 2010

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