Rue Frontenac - Droit à l'avortement — Le cardinal rétrograde






Droit à l'avortement — Le cardinal rétrograde PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Valérie Dufour
Lundi, 17 mai 2010 14:21

Quand un haut placé de l’Église catholique affirme que l’avortement n’est jamais justifié, même en cas de viol, on nage dans le délire de la droite religieuse. En prononçant un tel discours, le cardinal Marc Ouellet prouve non seulement qu’il est rétrograde, mais il fait aussi preuve d’insensibilité crasse et d’obscurantisme.

Un petit message au prélat des cathos et aux militants pro-vie les plus stricts: les femmes ont le droit de décider de ce qu’elles font de leur corps, point à la ligne.

Le cardinal Ouellet ne s’en cache pas, il fait partie de la droite ultra-orthodoxe de l’Église catholique. En bref, lui et Benoît XVI sont sur la même longueur d’ondes.

Que Mgr Ouellet soit contre l’avortement, n’est pas une surprise, qu’il participe à une rencontre du groupe Québec-Vie, non plus. Mais ces récents propos vont beaucoup trop loin.

La ministre fédérale Bev Oda a annoncé que le Canada ne financerait plus les programmes d'aide à l'avortement dans les pays en développement. Photo d'Archives RueFrontenac

«Je comprends très bien qu’une femme violée vit un drame et qu’elle doit être aidée. Mais elle doit l’être par rapport à la créature qu’elle a dans son sein. Elle n’est pas responsable de ce qui lui arrive. C’est l’agresseur qui est responsable. Mais il y a déjà une victime. Est-ce qu’il faut en faire une autre? (...) Prendre la vie de quelqu’un d’autre, c’est toujours un crime moralement, a poursuivi le cardinal. Et c’est un être humain qui est dans le sein maternel», a-t-il avancé au cours de la fin de semaine.

Propos outranciers

Ces propos sont outranciers et inacceptables. Le viol est un crime violent qui détruit quelque chose de sacré chez la personne qui en est victime. Et Mgr Ouellet devrait le savoir, lui qui a fait d’épistolaires excuses pour les sévices sexuels commis dans le passé par des membres du clergé au Canada.

Un abus sexuel laisse des traces indélébiles et essayer de culpabiliser une femme qui, en plus d’avoir été violée, a la malchance de porter le fruit de ce malheur dans son ventre est odieux. Et ce n’est pas à un homme blanc d’un certain âge portant la soutane de trancher la question. C’est à la victime et, elle seule, à décider du sort de son fœtus.

Mais ça, c’est trop difficile à comprendre pour les intégristes catholiques comme le cardinal Ouellet. Pas plus tard que l’an dernier, une Brésilienne a été excommuniée pour avoir fait avorter sa fillette de neuf ans, violée par son beau-père et enceinte de jumeaux.

Rappelons que cette décision avait été saluée par le Vatican. «Certes ce qu’il a fait est horrible, mais il y a tant de péchés graves, et le plus grave est l’élimination d’une vie innocente», avait à l’époque déclaré le prélat brésilien. Ça vous fait penser à quelqu’un? Quand je disais qu’on nageait en plein délire.

Un droit acquis de chaude lutte

Le droit à l’avortement est reconnu au Canada depuis la fin des années 1960, quand le Parlement fédéral a adopté une loi permettant l’avortement, quand la santé de la mère était en danger. Et les lois sur l’avortement sont parmi les moins restrictives au monde depuis la bataille juridique menée par le docteur Henry Morgentaler dans les années 1980, qui s’est soldée par l’invalidation de la section du Code criminel portant sur l’interruption volontaire de grossesse.

En gros, les juges de la Cour suprême en sont venus à la conclusion, que ces dispositions légales allaient à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit aux femmes le droit à la sécurité.

On peut penser que l’opinion du cardinal Ouellet est marginale, mais il ne faut surtout pas. Il faut plutôt se rappeler de la personne qui est aux commandes à Ottawa et il y a de quoi être inquiet.

Il y a peu de temps, le gouvernement conservateur songeait à introduire une distinction dans le Code criminel pour punir plus sévèrement ceux qui s’en prennent à une femme enceinte. Certains peuvent penser que cette mesure tombe sous le sens, mais il faut s’en méfier comme de la peste. En donnant un droit à un fœtus, on reconnaîtrait qu’il est un être humain à part entière et, de ce fait, le droit à l’avortement serait remis en question.

Mais encore, vous avez sans doute eu vent de la dernière rencontre préparatoire du G8, qui se tenait à Halifax il y a quelques jours. Non?

Pour ceux qui n’ont pas suivi ces palpitants travaux, il est utile de savoir que la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a affirmé que le Canada refuserait de financer, via les programmes internationaux d’aide pour la santé des femmes, les avortements dans les pays du tiers-monde. Au cours du même discours prononcé en fin de semaine à Québec, le primat de l’Église catholique n’a pas manqué de féliciter le gouvernement Harper pour cette décision idéologique.

Encore ici, il y a matière à découragement et indignation. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il y a quelque 4,2 millions d’avortements à risque à chaque année dans les pays africains et ces gestes clandestins coûtent la vie à 300 000 femmes. En Ouganda et au Ghana, les complications dues à un avortement non médicalisé sont une des premières causes de mortalité chez les femmes.

Or la santé, des mères et des enfants, dans les pays en développement passe inévitablement par la planification des naissances et la contraception et il faut garantir un accès à l’avortement, car sinon, cet acte est pratiqué clandestinement et dans des conditions très dangereuses. Et ça, ce n’est pas moi qui le dit, mais la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton. À en croire Mgr Ouellet, que Dieu ait son âme. Et à ce compte, la mienne aussi.

Commentaires (14)

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Si on savait...
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L'avortement est un meurtre. Point à la ligne! Je prie pour que se repentent pour ceux qui approuvent, encouragent ou commettent ces actes ignobles, ils sont tous les responsables de cette horrible boucherie.Si les gens savaient qu'ils vont en enfer, ils changeraient de vie!!!!
Daniel Froment , octobre 28, 2010
La vie est passe devant la liberté !
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Non, il n est pas rétrograde! Tuer c'est rétrograde et dégradant! D'après vous le viol est un crime qui doit en engendrer un autre; le meurtre? En Afrique y plein de femme aceuillent avec joie leurs enfant du viol! Le pardon existe! J'ai vu un couple qui a pardonner sincèrement au meurtrier violeur de leur fille! Tout est dans le tête ou dans le coeur? Posez-vous les bonnes questions!
Fintan Wade , octobre 18, 2010
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Je me demande pourquoi la régie de la Santé publique ne vient pas en aide aux femmes au prise avec la décision difficile de tuer son enfant dans leurs propres corps! Quelle déguelaserie! Quelle atrocité! Et si l'option de mèner son enfant à naitre deviendrait possible? Si on offrait aux femmes enceintes une aide monétaire et pyschologique? Souvent,elles avortent que pour des raisons de bien être! L'adoption... tant de couple s'en vont chercher des petits bébés chinois et tant de petits canadiens à naitre sont tués, de façon barbare!Nous faisons venir des imigrants étrangers aux Canada car beaucoup de mères canadiennes avortent leurs petits! La dénatalité est évidante au Canada! On ferme des écoles qui y pas si longtemps débordaient d'enfants!
Je suis pour la vie!
Finton Wade , juillet 07, 2010
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Madame Dufour votre article vient me chercher et me fait revivre de lourdes émotions. J'ai décidé de vous les faire partager. Une de mes amis a dû se faire avorter quand elle était jeune, par faute de ressources humaines et financière. Je peux vous dire qu'elle a porté ce lourd fardeau toute sa vie, car elle aurait bien voulu le garder. Je suis pour l'avortement, mais j'aimerais que la femme enceinte puisse prendre sa décision en paix avec l'aide d'un psychologique, et il ne faut pas que se soit la volonté de son entourage ou le manque d'argent qui influence sa démarche, mais son coeur.

Je suis catholique et libre penseuse. Je crois qu'il n'existe aucune religion parfaite pas plus que d'être humain. Mais j'ai choisi de rester dans cette religion pour le moment, car je crois aux paroles de Jésus. J'ai fait le parcours cathachétique avec mes enfants, durant cinq années, pour qu'ils aient les sacrements et qu'ils se fassent leurs propres idées sur les textes bibliques, car je crois qu'il y a certaines valeurs qui y sont véhiculés qui peuvent les influencer pour devenir de meilleurs citoyens.

Bon, je dois vous avouer que j'ai pensé sortir de cette religion, car vers la fin des trois premières années de cathéchèse, de l'un de mes jeunes juste avant sa première communion, mon père décédait. Une semaine après les funérailles, j'apprend qu'il a été agressé à l'âge de 9 ans par un prêtre et en plus j'avais appris quelques années avant que l'un des frères de ma mère l'avait été aussi.

Je dois vous dire que j'ai pensé tout arrêter, j'étais furieuse et très triste. Après une semaine de réflexion, je me suis dite que mes enfants feraient les sacrements parce ce que j'ai l'espoir que de mon vivant je pourrai voir une ouverture et plus d'humanité au sein de l'église catholique.

Je dois dire qu'il y a une autre raison qui m'a retenu dans cette religion, c'est toutes ces femmes et ces hommes, qui travaillent d'arrachent pied, depuis 10 ans, pour passer les messages qui parlent d'amour de paix et de fraternité a nos jeunes. Ils sont formidables, car ils savent très bien qu'ils sont entrain d'essayer de sauver la religion catholique.

Je souhaite de tout mon coeur, que ces femmes et ces hommes mariés ou célibataires, qui veulent devenir prêtres pourront le faire bientôt, car si l'église catholique ne les laissent pas rentrer au coeur de l'église, et bien nous en verrons une autre naître.

Durant le cheminement pastoral que j'ai fait avec mes jeunes, j'ai remarqué qu'il y avait une révolution tranquille au sein de nos diocèses.

Je nous souhaite la paix dans nos coeurs peu importe nos croyances.
Louise Roy , juin 27, 2010
courageuse
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T'es courageuse Valérie d'écrire sur le sujet. Quand on lit les commentaires ça fait peur. Aimer la vie et respecter les autres c'est laisser le choix à chacun. Quand on choisie de ne pas permettre l'avortement d'une fille de 9 ans, violée, enceinte de jumeaux je crois qu'on méprise la vie de la vivante. Mais elle a suremenent couru après de toute façon... et c'est donc l'embryon qui a le plus de droit. 2 vies gachée, à cause d'un gros dégueu qui lui ne sera jamais excommunié.
mélanie , mai 18, 2010
Quand ça n'arrive qu'aux autres...
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Et si votre mère avait décidé d'avorter au lieu de vous mettre au monde...!
Bernard , mai 18, 2010
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Rien de surprenant à tout cela. Quand on jette un regard même léger sur l'Église, on ne voit que des vieillards titré. Et, le cardinal Ouellet n'est que cela, un vieillard. Et le pire c'est que l'église ne souscrit pas non plus aux cours d'éducation sexuelle. Le curieux de la chose c'est qu'elle se "branche" sur les mouvements Pro-vie, financés, bien souvent sans qu'ils le sachent, par les mouvements Pro-Vie américains, qui eux, ont beaucoup d'argent.
Il serait peut-être temps de signaler au Cardinal q'ici, il y a séparation de l'église et de l'État. Que Ouellet commence à faire le ménage dans sa cour d'abord. Ensuite, pourquoi pas une pétition adressé à Rome pour demander son renvoi.
Benoit , mai 18, 2010
Le mensonge de l'avortement
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Premièrement il est totalement faux de dire que la mère de la petite fille Brésilienne ait été excommuniée. C'est une déformation des faits et une erreur reprise par bien des gens qui n'ont pas vérifié ce qu'ils affirment et qui ont cru bêtement les médias biaisés. http://www.hommenouveau.fr/index.php?id_billet=136
Deuxièmement, il n'y a rien d'outrancier à vouloir défendre la vie des enfants à naître. Beaucoup s'offusquent d'entendre sa position en cas de viol... mais je suis persuadée que la plupart des cas d'avortement au Québec ne sont pas la suite d'un viol. On assiste présentement à un mépris de la vie sans précédent. Et la réaction arrogante et méprisante de beaucoup de gens envers les propos du Cardinal Ouellet démontre une culture du "Me, myself and I", du "Non Serviam" caractéristique de l'ange des ténèbres et de la culture de la mort.
tanessa , mai 17, 2010
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"les femmes ont le droit de décider de ce qu’elles font de leur corps." peut-être mais pas de celui d'un autres!!! par exemple un bébé
Marc , mai 17, 2010
Rigorisme extrême.
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Les bulles du discours stigmatisant que pontifie le prélat Marc Ouellet, au sujet de l’avortement pour lequel il réclame rien de moins que la judiciarisation et la criminalisation, est non seulement moyenâgeux et passéiste, mais il s’inspire de pompes qui avoisinent l’excommunication et le châtiment des feux de l’enfer dont les femmes québécoises ont trop longtemps hélas subi, mais qui d’accepteront plus jamais, Dieu merci, de subir des cribles aussi inhumains et bassement déshonorants. Le sujet, tout comme le verbe du prélat, ne sont rien de moins qu’un viol des consciences des adolescentes et des jeunes femmes qui ont recours au processus de l’arrêt de la grossesse. Directeur d’écoles secondaires, pendant 25 ans, et entouré d’infirmières, de travailleuses sociales, d’aumôniers compétents et de droit jugement, capables d’amour inconditionnel, de respect et de compassion, nous avons, plus souvent qu’autrement, conseillé nos jeunes élèves enceintes de murir leur réflexion et nous les avons accompagnées très professionnellement et très humainement, avant, pendant et après nombre d’avortements qui répondaient à tous les critères de l’intelligence, de la raison et de la dignité humaine, dans la compréhension adulte du premier commandement de Dieu. Monsieur Marc Ouellet a assez de problèmes avec l’hémorragie du clergé et des communautés religieuses, avec ses temples évidés ainsi qu’avec les prêtres pédophiles, pour se permettre de violer impunément les consciences d’adolescentes et de jeunes femmes qui décident, en leur âme et conscience, de mettre un terme à une grossesse sans issue. Il est à craindre et il ne faut pas hésiter à dénoncer et à formuler la réprobation publique de ses envolées rigoristes des derniers jours, en rappelant au prélat qu’il finira par détourner les plus fervents croyants d’une église, «la sienne», devenue sectaire, sexiste, homophobe et désespérément doctrinaire. Si Monsieur Ouellet croit alors que c’est là sa mission, son «Opus Dei», au Québec, le théiste en répondra devant «son» Dieu.
pagerry3 , mai 17, 2010
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Le cardinal est un bel oiseau
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Les églises sont vides partout au Québec. On les ferme, on les vend, on les transforme en condo ou on y tient des bingos pour amuser quelques âmes esseulées.

Pourquoi ces lieux de culte sont-ils délaissés par des gens autrefois si fervents? Pourquoi plus personne n’écoute les longs sermons? Pourquoi les gens vivent-ils désormais leur spiritualité à l’extérieur du giron catholique? Il existe plusieurs réponses à ces questions.

Peut-être que la société évolue plus rapidement que les dogmes. Peut-être que l’Église catholique ne s’adresse pas à l’intelligence des gens. Peut-être que cette attitude arrogante, en 2010, ne fonctionne plus. Peut-être que l’emprise sur les populations et le contrôle par la peur religieuse ne colle plus. Qui sait?

Personne ne fréquente les églises et tous font la sourde oreille aux propos des hauts dirigeants catholiques. Alors pourquoi faire tout un plat lorsqu’un quidam, si Monseigneur soit-il, se prononce contre l’avortement? Il aurait pu dire le contraire. Et alors? Faites un vox pop sur la rue et vous trouverez des opinions diverses émises par des gens dont l’autorité est égale à celle de Monsieur Ouellet.

Monsieur Ouellet n’a pas été élu par la population. Il ne représente personne. Sauf peut-être un riche État européen appelé le Vatican. Nommons-le ambassadeur, au moins il aura un rôle quasi politique et on pourra l’écouter à ce titre. Sinon, il parle pour lui-même et c’est tout.

La liberté d’expression s’applique à lui aussi, même lorsqu’il émet une idée rétrograde sur un sujet qui ne le concerne en rien. Il n’est ni une femme, ni en couple ou en voie de le devenir, ni père, ni géniteur, ni un fœtus.

En théorie, à titre d’homme d’Église, Monsieur Ouellet n’a jamais eu de relation sexuelle et il se repentie s’il éprouve une sensation érotique. Que connaît-il de l’intimité qui conduit à la procréation? Que connaît-il de la parentalité? Il connaît ce qu'on lui en dit. Et qui le lui dit? Un comme lui. En plus vieux, mais tout aussi loin de la réalité vécue par celles qu'ils condamnent.

L’ironie nous dicte que cette personne est toute désignée pour émettre son opinion sur la contraception, la maternité, l’éducation des enfants et surtout sur l’avortement.

Cela dit, avec son plumage et sa huppe rouges, le cardinal demeure tout de même un bel oiseau.
Jonathan Paré , mai 17, 2010
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Tout à fait!
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«Quand un haut placé de l’Église catholique affirme que l’avortement n’est jamais justifié, même en cas de viol, on nage dans le délire de la droite religieuse»

Que c'est dont bien dit! rien à ajouter.
Nathalie A. , mai 17, 2010

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