Rue Frontenac - MTL Punk : la première vague — Sans foi ni loi






MTL Punk : la première vague — Sans foi ni loi PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - En images
Écrit par Philippe Meilleur   
Jeudi, 24 mars 2011 16:57
Mise à jour le Vendredi, 25 mars 2011 14:38

Au moment même où le Québec rêvait d’un pays et de la grande révolution peace and love des hippies, vers 1976, une culture anarchique très agressive naissait dans les coins sombres de Montréal: le mouvement punk, dont les héros The Chromosomes et The 222’s allaient bientôt causer une émeute destructrice à la très conservatrice université McGill.

L’auteur Alain Cliche a plongé au cœur de cette sous-culture sans foi ni loi le temps de MTL punk : la première vague, un documentaire sur les dignes descendants québécois des Sex Pistols et des Ramones.

Pour les baby-boomers, c’était le bon vieux temps. Les hippies n’aimaient pas les discos. Les discos n’aimaient pas les rockeurs. Les rockeurs n’aimaient... personne, en fait. Et à travers ces trois grandes familles, un nouveau clan – les punks – qui n’en avait rien à foutre des règles et des convenances et qui n’acceptait qu’un seul commandement : Live fast, die young.

Le chanteur Chris Barry des 222’s. Photo courtoisie

La première vague du mouvement punk montréalais est née des voyages de quelques mélomanes avant-gardistes à New York et à Londres. Tannés d’entendre des guitares sèches autour d’un feu de camp, ils sont allés écouter ce qui se faisait de bon ailleurs. Ils ont découvert des noms comme The Clash, The Ramones et Sex Pistols, et sont revenus avec des disques et des vêtements d’un style jusqu’ici inconnu au Québec.

Rapidement, une petite scène est née à Montréal : les jeunes punks savaient à peine jouer de la guitare, chantaient tout croche et s’habillaient de façon provocante, mais ils vivaient selon leurs règles. « C’était “’Fais ce que t’as envie de faire et fuck le reste” », décrira plus tard Joe Dimauro, promoteur de spectacle pour Bambi Production.

De 1977 au début des années 1980, la scène punk montréalaise campera son quartier général au bar 364, sur la rue St-Paul Ouest dans le Vieux-Montréal, ainsi qu'à l'hôtel Nelson. En plus des 222’s, considéré comme le premier vrai groupe punk québécois, des formations comme The Chromosomes, The Normals et Electric Vomit ont porté bien haut le flambeau de l’anarchie faite au Québec. Ils ont torturé leurs guitares pendant un certain temps, jusqu’au fameux McGill Punk Festival en janvier 1979, pendant lequel un millier de jeunes saouls et en colère ont saccagé la salle de spectacle de l’université anglophone. Le New Wave est arrivé peu après, et avec lui venait la mort de la toute première scène punk locale.

Une réalité difficile

MTL punk : la première vague raconte l’histoire du mouvement en se basant sur les témoignages de plusieurs acteurs-clés de l’époque. Des membres des principaux groupes sont interviewés, ainsi que des designers de mode, des producteurs et des poètes.

La recherche a souvent été très difficile, raconte l’instigateur du projet, Alain Cliche. « La communauté punk est très fermée, dit celui qui a déjà écrit un livre, Normal !, pour raconter sa jeunesse punk. C’est dans la nature des sous-cultures underground. Alors il a fallu convaincre plusieurs personnes, leur expliquer le projet, montrer qu’on était de bonne foi... Ça a été difficile par moment. »

Car l’histoire du punk n’est pas tout à fait rose. Nombreux sont les musiciens à être morts très jeunes – le chanteur des Chromosomes, notamment, a succombé à une overdose d’héroïne à la fin des années 1980. D’autres, comme le mythique premier chanteur des 222’s Johnny Frisson, sont disparus dans la brume sans laisser de traces. Plusieurs porte-étendards de la mouvance punk de la ville de Québec – qui avait elle aussi une petite scène jadis – ont aussi refusé d’être interrogés devant la caméra, forçant Cliche et ses collègues à concentrer leurs efforts sur Montréal.

Malgré ces nombreuses embûches, Alain Cliche et son indéfectible partenaire Érik Cimon – aussi coréalisateur et bougie d’allumage du projet – sont parvenus à rassembler assez de matériel audio et vidéo pour un documentaire de 45 minutes absolument fascinant. Pour quiconque s’intéresse de près ou de loin au genre, MTL punk : la première vague est un incontournable absolu. « C’était important de le faire, soutient Cliche. La chanson I Love Susan des 222’s, ça sonne un peu comme du Ramones. Je suis sûr que s’ils avaient été de Los Angeles ou de New York, ils auraient été très connus. Mais à Montréal, les maisons de disque et les médias s’en foutaient... »

Un peu moins aujourd’hui, peut-on ajouter.

• Le documentaire MTL Punk : La première vague sera présenté samedi 26 mars et dimanche 27 mars à la Cinémathèque québécoise dans le cadre du FIFA.