Rue Frontenac - Holger Petersen : l’homme derrière le blues de l’Ouest






Holger Petersen : l’homme derrière le blues de l’Ouest PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Blues du week-end
Écrit par François Robert   
Mercredi, 04 mai 2011 08:54
Mise à jour le Jeudi, 02 juin 2011 00:00

Le label canadien Stony Plain Records célèbre cette année son 35e anniversaire. Ce géant de l’industrie du blues, du folk et du roots a ses racines à Edmonton, en Alberta. Son président et fondateur, Holger Petersen, est aussi l’animateur de la prestigieuse émission radiophonique Saturday Night Blues à la CBC. Il a été nommé membre de l’Ordre du Canada en 2003. Entrevue avec un modeste et discret amateur de blues.

 

Au bout du fil, Holger Martin Petersen répond avec l’enthousiasme d’un fan inconditionnel du blues qui s’enflamme autant pour un nouveau band que pour une vieille chanson dépoussiérée de ses archives personnelles.

Il vient de lancer un coffret de deux CD et d’un DVD, 35 Years of Stony Plain.

Jeff Healy, Harry Manx, Ray Bonneville, David Wilcox, Blues Rodeo, Duke Robillard, Joe Louis Walker, Robert Nighthawk et Dowchild Blues Band ne sont que quelques noms que l’on retrouve à l’affiche de cette compilation.

Petersen est un musicien qui a déjà tenu les baguettes sur une batterie. Après des études en communications et en arts, il fait de la radio communautaire à la station locale. Nous sommes au début des années 1970. Il anime une émission de blues.

«Une occasion en or pour rencontrer mes idoles de passage à Edmonton. Et pour prendre un pot avec des musiciens qui ont le sang bleu», dit-il.

Il a interviewé les plus grands : B.B. King, Buddy Guy, Koko Taylor, Ry Cooder et Oscar Peterson. Il a reçu des Canadiens… de passage au Canada, comme Dan Aykroyd et Colin James.

Il a attiré assez de talents chez Stony Plain pour que ses artistes se retrouvent à maintes reprises en nomination pour des Juno et pour des Grammy. Le label a près de 300 albums à son actif.

Petersen a d’ailleurs reçu le Keeping The Blues Alive Award de The Blues Foundation en 2008, à Memphis.

Holger Petersen est un bluesman aux multiples talents. Il est président de Stony Plain Records et animateur de l’émission radiophonique Saturday Night Blues à la CBC. Photo courtoisie


Une année marquante

«Toute cette aventure a commencé en 1972 avec l’harmoniciste Walter Horton. Il était de passage en ville avec le band de Willie Dixon, le Chicago Blues All Stars. Je l’ai convaincu d’enregistrer un disque avec des amis et je me suis occupé de la mise en marché.

«L’expérience a été fantastique. Je découvrais un nouveau milieu artistique. Ce qui m’a donné le goût de continuer.

«Et tant qu’à faire, j’ai parti ma propre business pour promouvoir la musique qui ne cadrait pas toujours avec les grands courants de l’industrie.

«Blues, country, folk ou roots, il y avait de la bonne musique à écouter. Mon appartement ressemblait à un studio, ma cuisine c’était mon bureau», raconte-t-il.

Petersen se souvient de moments marquants dans l’histoire de Stony Plain.

«Il y a eu le succès de l’album Cowboyography de Ian Tyson dans les années 1980 mais ma rencontre avec Duke Robillard, en 1993, a été déterminante à aller encore plus de l’avant.

«On s’est rencontrés au Winnipeg Folk Festival et on est devenus de bons amis. Son professionnalisme est remarquable. Il a enregistré 20 albums pour Stony Plain et en a réalisé d’autres avec des vedettes américaines comme Jimmy Witherspoon et Jay McShann», explique Petersen.

«De partir en tournée au Japon, en Australie et dans plusieurs festivals un peu partout dans le monde a également été une expérience incroyable. J’étais comme le road manager avec le Gene Taylor Band, à ce moment-là», ajoute-t-il.

«Il y a eu des moments difficiles vers la fin des années 1970 mais on a souvent été sauvé par la cloche. Comme ce coup de téléphone inopiné d’un réalisateur européen qui voulait marketer nos albums là-bas.

«Mais on ne prend rien pour acquis, l’industrie connaît des hauts et des bas.

«Le CD est menacé mais sa longévité est étonnante. Le téléchargement est à la mode mais c’est une technologie à apprivoiser, surtout les redevances… On verra qui va survivre à l’autre», commente le bluesman homme d’affaires.

Collectionneur

Holger Petersen possède une impressionnante collection de vinyles, de vieux 45 et 78 tours, de cassettes et de CD. Assez pour remplir une grosse maison.

«J’ai environ 35000 disques de toutes sortes. Il m’arrive encore d’en choisir un au hasard et de l’écouter ou de le réécouter. Ça fait beaucoup de souvenirs.

«Et ce n’est pas fini. Il y en a d’autres qui vont sûrement s’ajouter. Il y a des jeunes qui ont beaucoup de talents et qui interprètent à leur façon le blues d’hier», remarque-t-il.

Et Petersen est bien placé pour le savoir. Il vient de célébrer le 25e anniversaire de l’émission Saturday Night Blues à la radio de la CBC. Le pendant anglophone des vendredis blues (France Castel Blues) d’Espace musique.

«On vient tout juste d’enregistrer un concert à Vancouver pour fêter ça. Un gros party. C’est de bon augure pour l’an prochain», affirme-t-il.

Est-ce que le blues est plus populaire dans l’Ouest canadien que dans la Belle Province?

Holger Petersen croit qu’il y a des cycles mais ne voit pas de disparités entre le blues d’un coin du pays ou de l’autre.

«Avec tous les festivals qui se multiplient, on a la chance de voir des bluesmen et des blueswomen d’un peu partout. Ça bouge beaucoup.

«Le Canada est un grand territoire et les arrêts sont nombreux dans le circuit du blues. Un groupe comme Monkey Junk part d’Ottawa pour aller à Edmonton mais jouera à Montréal et à Toronto, chemin faisant.

«Je me souviens du Festival de jazz de Montréal. Nous étions là, il y a 10 ans avec Jay McShann (qui est mort en 2006). C’était formidable de voir la diversité des musiques.

«Le blues navigue bien à travers les années, que ce soit du blues-rock, teinté de jazz ou de country, il y aura toujours de la place pour de la bonne musique», conclut-il.

Holger Petersen a le succès modeste. Il préfère encore parler de blues plutôt que de raconter son histoire. Sauf aujourd’hui. Après tout, Stony Plain Records a droit à son 15 minutes de gloire pour ses 35 ans.

Jeff Healy est un des musiciens qui a gravé plusieurs titres avec Stony Plain Records:

35 Years of Stony Plain est dans les bacs à compter du 10 mai.

On capte le Saturday Night Blues à la radio de la CBC, au 93,5 à 18 heures.

©françoisrobert