Rue Frontenac - Fumer le calumet de paix avec « The Chief »






Fumer le calumet de paix avec « The Chief » PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Blues du week-end
Écrit par François Robert   
Lundi, 18 avril 2011 15:33
Mise à jour le Jeudi, 02 juin 2011 00:01

Eddie « The Chief » Clearwater est un guerrier du blues qui a du panache. Et pas n’importe lequel. Quand il arrive sur scène avec sa coiffe indienne de plumes d’aigle royal, il lance ses riffs de guitare qui sont autant de flèches qui transpercent l’âme.

 

Eddy Harrington, né à Macon au Mississippi, en 1935, est un des derniers des Mohicans qui ont forgé le son électrique et caractéristique du West Side Sound de Chicago.

Auparavant, il aura fait ses classes dans les terroirs du folk, du country et du gospel. Il ira même jusqu’à chanter avec les Blind Boys of Alabama, quand sa famille déménagera à Birmingham alors qu’il a 13 ans.

Deux ans plus tard, Eddie suivra son oncle à Chicago, Cité des vents et ville des rêves. Il y rencontrera son cousin, l’harmoniciste Carey Bell.

Chicago, terreau fertile de musique afro-américaine, est devenu un incroyable incubateur de blues. C’est là que son talent se révèle. Pas au début, mais plus tard. Parce que son premier job est celui de plongeur dans un boui-boui. À 37 $ par semaine. Il sera aussi chauffeur de taxi.

La banque, que son regard croise tous les jours en face de son logement, lui donne la bonne idée d’épargner des sous pour éventuellement acheter l’objet qu’il convoite tant, une guitare. Une Silvertone de Sears Roebuck qu’il acquiert quelque temps plus tard, pour la mirobolante somme de 200 $, amplificateur inclus.

Eddie Harrington se met alors à fréquenter les temples du blues de Chicago, les night clubs swinguant et couinant de plaisir des années 1950. C’est à ce moment-là qu’il prend le nom de scène de Guitar Eddy.

Il rencontre des collègues bluesmen qui partagent l’espoir de jouer l’ultime note qui les rendra célèbres. Freddie King, Magic Sam et Otis Rush sont de ceux-là.

Révélation en 1957 : Eddy écoute la radio dans sa voiture et tombe sur Chuck Berry. Il est soufflé. C’est une collision entre rock et blues.

Il adopte ce nouveau rythme et ajoute ce blues rock-and-rollé à son répertoire. Johnny B. Goode, c’est bon pour Eddy.

Eddy « The Chief » Clearwater est toujours bien armé de ses guitares pour se lancer sur le sentier du blues. Photo d'archives

Clear Waters

Il enregistre son premier 45 tours en 1958 pour le label Atomic H : Hill Billy Blues.

Pour l’occasion, Guitar Eddy change de nom et devient Eddy Clear Waters. Une idée de son gérant (Jump Jackson) à l’époque. Un clin d’œil à Muddy Waters, qui ne s’en formalise pas. Au contraire, Eddy et lui deviendront des potes. Il ne leur reste plus qu’à fumer le calumet de paix.

Clearwater – il écrit son nom en un seul mot à partir des années 1960 – gagne en popularité et entreprend des tournées en Europe. Il joue à guichets fermés en Turquie, en Roumanie et en Russie.

Son arbre généalogique a des racines indiennes. Il a du sang cherokee.

Eddy Clearwater aime bien porter la coiffe de guerrier de ses ancêtres avant de monter sur scène. Ça devient un formidable outil de marketing. On se masse pour voir ce bluesman, descendant des Peaux-Rouges.

Son panache est un symbole de grâce, qui couronne un grand esprit qui rayonne autour d’un soleil. Fidèle à la mythologie autochtone, la coiffe porte souvent 28 plumes d’aigle, un chiffre sacré correspondant au cycle de 28 jours de la Lune. On y ajoute une plume pour chaque ennemi tombé au combat. Les chefs de guerre sont ainsi choisis selon la longueur de leur ornement.

Et Chicago est une bonne terre d’accueil pour Eddy.

Chicago, qui a été baptisée Checagou (du nom des oignons sauvages qui poussaient dans la région) par les Potawatomis, aime bien le respect des traditions. Les Blacks Hawks (de la Ligue nationale de hockey) portent d’ailleurs leur chandail identifié à cette image.

« The Chief »

C’est à ce moment que Clearwater devient « The Chief », un surnom qu’il mettra à l’honneur sur un album (étiquette Rooster) du même nom en 1980. Eddie raconte volontiers une anecdote à propos de l’intervention cardiaque qu’il a subie dans les années 1990 : les médecins lui ont dit qu’ils avaient fait jouer la musique de « The Chief » dans la salle d’opération, pendant les cinq heures qu’avait duré l’intervention, ce qui lui a permis de rebondir et d’enregistrer plusieurs autres titres.

Notamment Mean Case of the Blues (on écoutera avec délice la chanson titre, Mean Case of the Blues). Eddie lancera le CD Reservation Blues en 2000 avec autant de succès (dans le style Chuck Berry, il faut écouter Sweet Little Rock and Roller).

« The Chief » a une voix voilée et une rythmique bien appuyée par les basses. Du blues électrique qui flirte à l’occasion avec le son country du sud mississippien et texan. C’est un guitariste gaucher, bien qu’il soit ambidextre.

Il est toujours actif. Pour les aficionados, son horaire le fera voyager jusqu’au Maine, en juillet prochain, pour le North Atlantic Blues Festival, à Rockland.

Eddy « The Chief » Clearwater a été en nomination pour plusieurs Blues Music Awards et pour un Grammy en 2003.

L’État du Mississippi l’a honoré en dévoilant un Blues Marker (une plaque signalétique sur la route touristique et historique du blues) en son honneur en 2007.

« The Chief » n’a jamais oublié les mots de Muddy Waters, qui lui suggérait d’être lui-même et de rester authentique. « J’ai suivi ses conseils et ç’a toujours marché depuis », dira-t-il.

Eddie Clearwater fait maintenant partie des bluesmen honorés par l'État du Mississippi. Un site rappelle sa contribution à la route du blues. Photo courtoisie

 

 

©françoisrobert