Rue Frontenac - Lowell Fulson : le blues de la Côte ouest






Lowell Fulson : le blues de la Côte ouest PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Blues du week-end
Écrit par François Robert   
Mardi, 05 avril 2011 09:05
Mise à jour le Jeudi, 02 juin 2011 00:03

Lowell Fulson (1921-1999) est une figure légendaire du blues californien qui fait partie de la première grande vague d’un renouveau musical initié par les Noirs, après la Deuxième Guerre mondiale. Sa chanson Three O’Clock Blues a servi de catalyseur à l’émergence d’un son nouveau, un son électrique.

 

Avec T-Bone Walker (1910-1975), il a été un pionnier du rhythm & blues qui a embrasé la Californie et guidé de dignes héritiers comme B.B. King et Eric Clapton.

Fulson a du sang indien dans les veines. Il est né sur la réserve Choctaw à Tulsa, Oklahoma. Son père était de la lignée des Cherokee. Ayant grandi au son du swing country et du blues indigène, il a aussi expérimenté le gospel avant de s’initier aux sensibles mélodies de la guitare.

Son jeu sera influencé par Blind Lemon Jefferson (1893-1929), patriarche du folk-song et du blues spiritual.

Fulson jouera quelque temps avec son frère cadet, Martin, en duo. Il explorera un blues urbain bien inspiré de la musique des années 1960, soit celle des Beatles (avec une reprise de Why Don’t We Do It in the Road de The White Album).

À 18 ans, Lowell Fulson est sollicité par la vedette country-blues Texas Alexander pour remplacer Chester Burnett (Howlin’ Wolf) dans son band. L’association dure deux ans.

Ils vagabondaient de ville en ville et jouaient dans les rues. Si Texas Alexander aimait l’endroit, il se mettait à chanter et déposait son chapeau devant lui. Si les gens lançaient des pièces de monnaie, Lowell Fulson sortait sa guitare pour l’accompagner. C’était bon signe : ils allaient boire et manger ce soir-là.

On passe le chapeau

Lowell Fulson a influencé plusieurs rockers californiens avec un blues discursif. Photo d’archives

Et quand les spectateurs demandaient une chanson précise, Alexander et Fulson répondaient « Non! Pas assez de sous dans le chapeau pour jouer celle-là. C’est alors que les 25¢ pleuvaient… », raconte Fulson à Paul Trynka, dans le livre Portraits du Blues.

Quelque temps plus tard, Fulson répond à l’appel de l’Oncle Sam pour joindre la US Navy en 1943. La musique ne le lâche pas. Il forme un band sur l’île de Guam, où il est cantonné. Il compose son blues entre les nuages de la guerre et l’espoir de la paix, entre les vagues de l’ennemi et le ressac de l’illusion.

Quand il refait surface à Oakland, en 1945, il attire l’attention du réalisateur et promoteur Bob Geddins, qui le recrute dans son équipe de musiciens. C’est en 1946 que Lowell Fulson enregistre Three O’Clock Blues (étiquette Down Town) mais le lancement du disque n’a lieu qu’en 1948. Le succès est immédiat. La chanson grimpe au 6e rang du palmarès national du rhythm & blues.

En deux ans, le style de Fulson a évolué. De blues des collines du Texas, ses notes extirpent maintenant une poésie lénifiante de la destinée imparable de la Californie.

B.B. King, vedette montante, reprend le titre en 1951 (avec l’aide d’Ike Turner, futur ex-monsieur Tina Turner) et obtient un succès sans précédent. Son interprétation est au top du palmarès pendant cinq semaines de suite. C’est le début d’une longue carrière pour le roi du blues et pour sa douce compagne, Lucille.

King avouera que la version originale de Fulson demeure la plus inspirante. Notons que B.B. King a enregistré un titre similaire avec Three O’Clock In The Morning (Jules Bihari et Riley B. King).

Puis vint la chanson Everyday I Have The Blues (sur étiquette Swing Time en 1949). C’est une composition des frères Sparks (1935), reprise avec brio par Memphis Slim dans Nobody Loves Me (enregistrée en 1948 sur le label Miracle).

Un succès assuré pour Lowell Fulson, qui l’élèvera au rang de standard du blues pour l’éternité. Les tournées se multiplient et Fulson voit son band s’enrichir de talents incroyables mais passagers comme, entre autres, le très jeune Ray Charles au piano.

Le prochain hit arrive en 1954 : Reconsider Baby (Chess Records). Un titre qui magnifie le talent de Fulson. Elvis Presley l’enregistre à son tour en 1960 et fait connaître ce succès nègre à un blanc public. Eric Clapton l’imite en 1994, sur l’album From The Craddle.

Des royalties payantes. Même le spectaculaire groupe texan ZZ Top reprendra un de ses titres subséquents, Tramp. Les années 1980 font place à des tournées européennes et en 1992, l’album Hold On (Bullseye Blues) procure à Lowell Fulson cinq W.C. Handy Blues Awards (maintenant les Blues Music Awards).

Un de ses meilleurs albums qu’il laisse en héritage est Them Update Blues (Bullseye Blues), sorti en 1995. Un disque qui a été en nomination aux Grammy Awards dans la catégorie de Meilleur album de blues traditionnel.

Lowell Fulson a intrigué le Texas, subjugué la Californie et conquis le monde entier par sa simplicité, sa voix enrouée et ses accords de guitare francs.

Des notes qu’il poussait jusqu’à un rythme jazzé mais toujours dans les limites d’un blues urbain policé. Fulson était à l’avant-garde du beat californien. Son blues progressif l’a devancé.

©françoisrobert