Rue Frontenac - La joie intense avec Robert Plant






La joie intense avec Robert Plant PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Festival de jazz
Écrit par Philippe Rezzonico   
Samedi, 25 juin 2011 10:50
Mise à jour le Dimanche, 26 juin 2011 14:25

Etre en comptition avec les jeunes ou avec mon pass ne sert rien. Cette phrase, que Robert Plant a livre aux journalistes dans le Salon vert de la Place des Arts quelques minutes avant son spectacle la salle Wilfrid-Pelletier, vendredi, rsumait tout. Il ny aura plus jamais de Led Zeppelin, comprenait-on entre les lignes.

Remarquez, pas besoin de lire entre les lignes, puisque les journalistes staient fait dire quelques instants avant la remise du Spirit Award Plant, des mains dAlain Simard et dAndr Mnard, quon ne devait pas poser de questions sur Led Zep. O.K., dabord

Mais ctait curieux de voir les deux co-fondateurs du Festival de jazz viter de prononcer le nom du lgendaire band quand ils faisaient lloge de Plant. On parlait de son ancien groupe ou dun certain groupe, ce qui semblait amuser Plant au plus haut point, lui qui tait cordial, chaleureux et plein dhumour durant cet change dun quart dheure.

Cela dit, Plant a tout de suite donn lheure juste quand il a amorc son spectacle avec Black Dog. Mme chanson mythique, livraison exemplaire deux voix avec Patty Griffin, instrumentation toffe, mais les guitares rock dantan tait remplaces par des six cordes axes sur le groove. Rien voir avec la version de Black Dog que Led Zeppelin nous avait servi Londres en 2007. Dbat rgl dentre de jeu. Rendu l, on allait apprcier comme il le fallait.

Les voix de Robert Plant et de Patty Griffin sagencent trs bien. Photo Pascal Ratth

Revivre sa jeunesse

Le Plant daujourdhui, cest celui qui a fait renatre une autre version de son groupe de mes 17 ans, son Band of Joy, dans une enveloppe sonore digne des meilleurs crus de lAmericana: musique de terroir, guitares acoustiques prcises et six cordes lectriques mordantes, mandoline, banjo, contrebasse Que du bonbon. Tout a, au service de la musique et de la voix de Plant qui est encore du tonnerre.

Je navais jamais vraiment chant avec quiconque avant Alison (Krauss), mais la voix de Patty sagence mieux la mienne. Cest comme le Wolf, Robert Johnson, Elvis. Avec Patty, on grogne.

Et Plant, a grogn, avec Patty, ou sans elle. Son fameux cri primal. Comme si ses 62 printemps navaient pas de prise sur sa voix. Toujours avec sa pose classique, micro dans la main gauche, pied de micro dans la droite, jambes croises Plaisir vident de sa part de voir ses collgues Buddy Miller et Darrell Scott propulser Down To the Sea dans la stratosphre avec leurs six cordes, et de lui-mme mener la charge dans Satan Your Kingdom Must Come Down. Quelle voix!

Plant sentait que son offre musicale de terroir passait bien la rampe. Photo Pascal Ratth

En fait, cest un vrai de vrai band soud au possible auquel on a eu droit. Miller (Somewhere Trouble Dont Go, trs roots) et Griffin (Ocean Of Tears, puissante et renversante) ont chant leur propres compositions, tandis que Scott soffrait la trs country A Satisfied Mind, de Porter Wagoner. Complmentarit et fusion entre les membres.

Led Zep revisit

Plant, bien sr, a chant aussi des chansons de Led Zeppelin. Et fort bien, quoique les arrangements concocts les transformaient au plus au haut point, sans jamais les dnaturer. What Is and What Should Never Be a t reconnue demble cause de la premire phrase. Vraiment splendide. Mais la rarissime Black Country Woman na t reconnue que par les fans purs et durs qui taient nombreux hurler dans la grande Wilfrid.

Ramble On a t peut-tre la plus proche de sa version originale, quoique la finale en crescendo, quand tous les musiciens taient tourns vers le batteur pieuvre Marco Giovino, tait grisante. Beaucoup moins vrai pour Misty Mountain Hop. Faut dire quune contrebasse la place dune basse lectrique, ici, a modifie la donne.

Mais ce ntait pas moins dlectable et le grand Robert sentait que son offre musicale de terroir passait bien la rampe, mme avec ses succs rock dantan. Il fallait voir son sourire quand le groupe a mis un terme au spectacle avec Gallows Pole, chanson taille sur mesure pour un band comme le sien. Le mme sourire quil nous servait deux heures plus tt dans le Salon vert, en nous lanant: Saluez bien Prince pour moi!

Cest justement l quon se prcipitait tout de suite aprs.

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