Rue Frontenac - Pixels flous






Pixels flous PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Patrick Gauthier
Samedi, 11 juin 2011 10:31

Regardez l’écran de votre téléviseur. Il est rempli de points de couleur, appelés pixels. Plus votre écran comporte de pixels, plus l’image est nette, claire, brillante, fidèle à la réalité. Présente-t-elle moins de pixels, l’image devient floue et terne, s’avérant un reflet de moins en moins fidèle de la réalité.

Maintenant, imaginez que le paysage médiatique québécois soit un écran de télé et que chaque pixel, un point de vue. Une voix. Différente. Dans un monde idéal, nous exigerions que cet écran reflète le plus fidèlement possible la réalité et comporte donc un nombre maximal de points de vue.

Ce n’est malheureusement pas le cas. Non seulement la concentration de la presse au Québec tend à réduire le nombre de ces pixels, de ces voix, de ces points de vue, mais encore en influence-t-elle la couleur.

Une espèce en voie de disparition?

Le nombre, d’abord. Comme je le souligne dans La diversité des voix au Québec : une espèce en voie de disparition?*, texte écrit pour le bulletin de mai de la Ligue des droits et libertés du Québec, bulletin entièrement consacré à la liberté d’expression et au droit à l’information, le Québec comptait, en 1965, 14 journaux détenus par 14 propriétaires différents.

Selon la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), cet état de fait garantissait une diversité des voix, entre autres en permettant à un journaliste, en désaccord avec la ligne éditoriale d’un patron de presse, d’aller voir ailleurs.

Moins d’un demi-siècle plus tard, deux gros joueurs se partagent, à toutes fins utiles, la presse quotidienne québécoise.

Ces empires – Gesca et Quebecor, bien sûr – contribuent à la réduction des points de vue, alors qu’un seul et même texte peut nourrir leurs différentes plateformes. C’est particulièrement vrai dans le cas de Quebecor depuis la mise sur pied de l’agence QMI, à la veille du lock-out au Journal de Montréal.

Cette convergence, souvent motivée par un désir de réduction de masse salariale (pourquoi payer deux ou trois personnes pour couvrir le même événement?) se solde donc par un appauvrissement du débat public.

Ouvrons une parenthèse pour souligner que, du côté de Radio-Canada, il arrive de plus en plus souvent qu’un reportage réalisé pour la télé soit diffusé à la radio. Et c’est sans parler du fait qu’on a parfois l’impression « d’entendre » La Presse en écoutant la radio de Radio-Canada, tellement les journalistes de la première pullulent sur les ondes de la seconde. J’en avait glissé un mot en novembre. Fin de la parenthèse.

Distorsions

Mais il y a plus grave, à mon sens : ces empires agissent comme deux aimants qu’on placerait de chaque côté de notre écran : l’image en est immédiatement distorsionnée. En clair, en plus d’en réduire le nombre, ces empires ont le pouvoir de modifier la couleur des pixels, donc d’influencer les points de vue.

Ça se fait de façon plus subtile au sein de la très fédéraliste Gesca, alors que Quebecor ne se cache pas pour mettre tout son poids dans l’avancement de son agenda : procréation assistée, réduction de l’interventionnisme de l’état (l'affaire Margie Gillis), sans parler de tout le dossier du projet d’amphithéâtre à Québec, au sujet duquel bien chanceux serait celui qui trouverait une note discordante dans tous les médias du groupe.

Mais, peu importe à quelle mamelle d’information il s’abreuve, le citoyen est toujours perdant. Ce citoyen prêt à descendre dans la rue pour dénoncer la collusion des grandes pétrolières reste aveugle à la concentration de plus en plus marquée de l’information.

*Vous trouverez ce texte en format pdf ici.

Commentaires (6)

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la pixelisation
0
Les nouveaux médias par voie electronique nous apporte énormément de nouveaux pixels. Des points vue généralement flou, parfois de la mauvaise couleur mais quand même des nouveaux pixels.
Ces pixels nous montre certainement une facette du lecteur très fidèle de la réalité.

La question que je me pose. La distorsion de rue frontenac, est-elle subtile ?
Bien sur qu'il y a des journalistes intègre qui prône la liberté d'expression. Mais que dire de certains qui publie nos écritures, en parti, hors de tout contexte. Voir pas du tout lorsque le message véhiculé ne leur plait pas.

Comme information, je ne lis que rue frontenac. Autrement j'écoute les nouvelles a la télé.
J'ai beau cherché un article qui parle de la nouvelle chaine TVA sport. Rien, niet.
J'ai beau cherché un article qui "ramasse" Khadir pour sa stupide sortie contre le grand prix de F1.
Rien, niet.


Habitude , juin 13, 2011
ummm
0
C'est une façon de voir les choses, je rétorquerais qu'il y a quelque chose de fondamentalement vicié dans la mentalité de ces sources d'informations alternatives si tout ce qu'elles produisent c'est des dettes. Évidemment, je sais que c'est un détail qui frappe rarement l'imaginaire des partisans d'une certaine idéologie, mais en pratique, pour qu'une chose survive a moyen et long terme, elle doit s'autosuffire, que ce soit un gouvernement ou une source d'information. Tu ne peux produire que des dettes éternellement.
Deric Caron , juin 12, 2011
Vraiment?
0
Depuis le temps que je me concentre sur les médias québécois, peu importe leurs nombres, l'objectivité n'a jamais été leur force.

Malheureusement!
Avocat du diable , juin 12, 2011
ET QUAND CES GRANDS DEVIENNENT PARTENAIRES ...
0
Quand politiciens et géants de l'information deviennent partenaires pour pas dire complices et qu'ils se signent des contrats sans que le public sache de quoi il retourne et quand plus on prépare une loi pour rendre cette entente inattaquable , il y a de quoi craindre le pire , car qui d'autres que les journalistes non-controlés peut dénoncer les "Watergate" présents et futurs .
bromontois , juin 12, 2011
La pensée unique
0
J'espère que vous serez là encore longtemps
Norma Drolet , juin 12, 2011
Richard Martineau est mon idole , Ce commentaire a été désigné comme non-intéressant par les internautes. [Afficher]

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