Rue Frontenac - La maison de verre






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La chronique de Patrick Gauthier
Lundi, 06 juin 2011 15:13
Mise à jour le Mardi, 07 juin 2011 11:23

Il ne faut jamais lancer de pierre quand on habite une maison de verre. Pierre Karl Péladeau et les mercenaires de son empire médiatique ont visiblement oublié ce sage proverbe chinois.

Mardi dernier, au cours d’une entrevue presque surréaliste, la commentatrice de la chaîne Sun News, Krista Erickson, a tenté de lyncher en direct Margie Gillis pour la seule raison que la danseuse étoile a reçu, personnellement ou par le biais de sa compagnie, 1 200 000 dollars de fonds publics au cours des 13 dernières années.

On parle ici de moins de 100 000 $ par année pour supporter l’une des plus grandes ambassadrices culturelles du Canada ainsi que les membres de sa compagnie.

Miss Erickson a beau nous préciser que la danse « n’est pas ma tasse de thé. Et je ne crois pas que ce soit la tasse de thé de beaucoup de gens », cette dénonciation du soutien étatique à la culture, un des leitmotivs de la droite, dénote une pauvreté intellectuelle assez inquiétante.

Pauvreté que la commentatrice de Sun News étale à plus d’une reprise, notamment en ridiculisant les « sacrifices » que les danseurs font pour faire rayonner leur art, en les comparant aux « sacrifices des soldats canadiens morts en Afghanistan ».

Dénoncer les subventions

Malheureusement, Krista Erickson n’est pas la seule mercenaire à qui Pierre Karl Péladeau a confié le mandat de dénoncer les subventions gouvernementales aux arts.

Il y a un mois, Nathalie Elgrably-Levy signait, dans le Journal de Montréal, une chronique où l’on pouvait lire : Il n'existe que deux raisons pour lesquelles un artiste vit dans la misère. La première est que son talent n'est peut-être pas en demande. La deuxième est qu'il est peut-être tout simplement dépourvu de talent. Dans un cas comme dans l'autre, le public n'est pas disposé à consacrer son argent à l'achat du produit culturel proposé. Ainsi, pourquoi y mettre l'argent du contribuable ? Pourquoi l'État achèterait-il, au nom de la collectivité, ce que nous refusons d'acheter individuellement ?

Des mots qui ressemblent étrangement à cet échange entre Krista Erickson et Margie Gillis :

-  Pourquoi les contribuables canadiens devraient-ils soutenir votre communauté ?

-  Parce que ce n’est pas profitable…

-  Si ce n’est pas profitable, pourquoi alors les subventionner? Ne faudrait-il pas laisser le libre-marché faire son œuvre?

Ou encore celui-ci :

-  Je suis l’une des meilleures de mon domaine. Comparez mon salaire avec les tops de plusieurs autres domaines et vous verrez qu’il y a une énorme différence.

-  Mais ces autres tops ne reçoivent pas d’argent des contribuables.

Faites ce que je dis…

Bref, pour ces deux commentatrices payées par Quebecor, l’argent des contribuables devrait rester dans les poches de ces derniers, et le libre-marché devrait s’occuper du reste.

On est ici en face d’un bel exemple de « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». En effet, comme le rapportait déjà Rue Frontenac il y plus de deux ans, Quebecor empoche sa juste part de subventions chaque année.

Plus près de nous, un simple clic sur le site de Patrimoine canadien permet de constater que, pour la seule année fiscale 2009-2010, huit magazines de TVA Publications, propriété de Quebecor, ont empoché plus de deux millions (2 108 657$) de subventions provenant du seul Programme d’aide aux publications.

L’empire qui dénonce les 1 200 000 $ donnés à l’une des plus grandes danseuses de l’histoire et à sa compagnie sur plus d’une décennie empoche sans rire plus de deux millions pendant une année pour des REVUES, qui vendent de la pub et servent plus souvent qu’autrement à mousser des produits du même empire.

Par exemple, TV Hebdo a, à lui seul, reçu plus de trois-quarts de million l’année dernière. De son côté, le 7 jours, qui vient tout juste d’obtenir le prix du numéro le plus vendu en kiosque (celui avec les jumeaux de Ceuline en couverture), a obtenu 48 380 $.

Le magazine le plus vendu ne devrait pas avoir droit à des subventions. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le libre marché…

PS : Nous n’avons pas tenté de joindre Quebecor...

Commentaires (20)

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L'interview nous montre l'importance de la culture.
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Le style d'interview de Mme Krista Erickson nous montre l'importance de la culture.

C'est clair qu'il y a des gens qui ont été élevés, d'autres simplement nourris.
Jacques , juin 17, 2011
Qui dit que cela ne rapporte pas ?
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La ville de Buenos Aires a toute une industrie qui vie grâce au Tango Argentin. Les artistes vendent des œuvres d'art au thème du Tango au touristes, les écoles enseigne aux danseurs qui viennent régulièrement de partout dans le monde pour apprendre le Tango. Il y a des centaines d'écoles de danse et des revus entièrement dédiés au Tango. Des salles de danse où se danse le Tango (les Milonga) il y en a des centaines a Buenos Aires aussi.

À North Myrtle Beach en Caroline du Sud, il y a des événements de danse comme le "SOS Fall Migration" chaque année qui attire des milliers de danseurs de "Carolina Shag" ces événements bénéficient les bars, restaurants et hôtels de la ville.

À Herrang, une ancienne ville minière en Suède, la ville bénéficie d'activité car un mois par année, il y a un des milliers de danseurs qui viennent à un camp de Lindy Hop et de claquette. L'école du village est louée pour ce camp.

À New York, les professeurs de Salsa sont en demande de partout dans le monde.

Le gouvernement plus de gain dans la guerre contre la drogue a investir dans la danse sociale dans les écoles. Cela aide a développer des habilité sociales et aux gens d'établir des liens entre eux. Les danseurs, souvent ne boivent pas ou peu. La majorité des clubs où il y a de la danse comme la Salsa chargent un frais d'entrée au club qui vont payer 5$ la bouteille d'eau. Cela veux dire moins d'ivrognes sur la route un vendredi soir et plus de gens en santé dans une période où il y a plus de demande sur notre système public de santé.


Je préfère largement subventionner la danse qui en a parfois de besoin que les grandes pétrolières à coup de milliards alors qu'ils font des profits records.

Jacques , juin 17, 2011
...
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... et si j'ai bien compris Québec se prépare à donner à Québécor une subvention de 400 millions sous la forme d'un nouveau Colisée.

La misère des riches...
Erik HG , juin 10, 2011
...
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Il me semblait que ça manquait, un peu de Patrick Gauthier sur cette affaire.

J'ai toujours eu un problème avec ces ténors de la non-intervention de l'état qui prônent leur message dans des quotidiens subventionnés, ou pour une corporation qui reçoit de belles et grosses subventions.

Déjà, s'ils n'essayaient pas de masquer leurs vraies demandes derrière une fausse vertu, je respecterais un peu plus leur propos. Qu'ils disent : "Nous trouvons que l'on dépense trop d'argent sur les arts, et pas assez pour nous, les grandes entreprises." Ça serait plus intellectuellement honnête. Ça serait trop demander d'une corporation qui s'entête à abrutir les gens.
G. Favreau , juin 09, 2011
où puis-je déménager?
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J'ai bien aimé votre article et à chaque fois que quelqu'un dans ces pages soulève un bon point, il y a 36 idiots pour dire 'ouais mais mes taxes à moi' ou une autre niaiserie...

moi j'aimerais bien pouvoir voter avec mes pieds, que les crétins restent entre eux et j'irai vivre ailleurs, mais où? il y a des imbéciles partout!
hugo b , juin 08, 2011
Réponses...
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@Monsieur piedestal
Le coût réel des routes est déjà payé par les plaques, les taxes sur l'essence, les permis, etc. Mais pendant des années, les gouvernements ont détourné cet argent vers d'autres besoins et laissé les routes devenir ce qu'elles sont aujourd'hui.
Pour l'éducation et la santé, des responsabilités primaires du gouvernement (comme la défense au fédéral), il est en effet possible d'avoir une implication beaucoup plus directe des parents, de leur laisser plus de pouvoir aussi et avoir une aide plus spécifique pour les plus pauvres.
J'aurais aucun problème que les gouvernements ne fassent plus de favoritisme envers les entreprises en distribuant les subventions à gauche et à droite et créent plutôt un climat général favorable à l'investissement. Mais la différence est quand même que parfois ca peut rapporter avec des capitaux extérieurs investis ici pour des travaux, équipements, etc. On ne retrouve jamais cela avec les subventions aux artistes.
Pcq @Réal, c'est drôle comment on prétend toujours qu'il y a des "milliers d'exemples", mais c'est toujours le même qu'on nous sort.
Vous pouvez me garantir que sans la subvention au tout début du Cirque du Soleil, qui n'a rien avoir avec la réelle croissance du Cirque du Soleil, il n'y aurait pas eu de Cirque du Soleil?
Mais si vous voulez me sortir d'autres exemples qui ont rapporté pour vrai, économiquement, allez-y. La réalité, c'est que dans 99,9% du temps, c'est une dépense et qui se fait par favoritisme en plus.
Dominique Dumas , juin 08, 2011
yiiii tout un faux pas
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... l'empire mène le bal de la discorde on dirait...
hélo , juin 08, 2011
@Chrystian
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D'abord, merci de nous lire et de nous encourager. Ensuite, il n'y avait pas de virulence dans mon commentaire mais, j'en conviens, un certain énervement. Pour le reste, je maintiens ce que j'ai écrit. Votre façon de présenter les choses mène, je le crains, à des dérapages démagogiques dangereux.
Le Pat Gauthier , juin 08, 2011
Corporat triste..la société extincte
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Si la culture est vraiment ce qui nous distingue du reste du ROC....il faut comprendre qu'on est dans une cul de sac économico polito culturel.
Pendant que l'extreme centre (PLQ-PQ) raidit sur neutre, il nous reste le choix brutal entre quebec solitaire (sic) et les vautours de la droite...peu importe, le cadavre sera la culture...c est la Louisiane qui s'en vient comme modèle...
thanks a lot
ti jean batailleur , juin 08, 2011
J'oubliais!
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J'aurais dû terminer en vous disant que je vous lis depuis un certain temps. Au début, Rue Frontenac ne m'attirait que pour les sports, mais j'ai depuis étendu ma lecture à de nombreux autres correspondants que je trouve très intéressants.
Chrystian Jacob , juin 08, 2011
Wow! et merci !
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Ça alors! Je ne m'attendais certainement à recevoir une réponse directe de M. Gauthier, mais je l'apprécie sincèrement, ainsi que toutes les autres réaction à mon opinion. En effet, je n'ai fait que donner mon opinion.
J'espère me tromper mais j'ai cru déceler une certaine virulence dans votre commentaire. Pourquoi prétendre que je dis n'importe quoi? Énoncer simplement et professionnellement votre argument sur les subventions industrielles n'aurait-il pas été suffisant? Je ne prétends pas détenir la vérité universelle, et vous?
Quant au fond du débat, je crois simplement qu'il y a des évidences sur la différence entre les nécessités et le superflu. Nos deux gouvernements (donc nous tous) sont endettés. Si j'avais de la difficulté à rencontrer mes versements hypothécaires, je ne m'achèterais pas un nouveau système de cinéma maison. Si toutefois j'en veux un quand même, je ne quêterai pas pour le payer, je vais assumer mon choix et mieux planifier.
Chrystian Jacob , juin 08, 2011
@Chrystian
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Qui déterminera ces "nécessités" dont vous parlez? Monsieur Untel prône l'utilisation des transports en commun, alors il ne veut pas défrayer les coûts des routes. Madame Chose n'aime pas les enfants et ne veut pas que ses taxes servent à l'éducation: que les parents paient pour leurs enfants. Je suis contre la guerre, ne veut pas payer pour soutenir l'armée... Ce que vous proposez est une impossibilité sociétale. Et, surtout, vous dites n'importe quoi à la fin: les gouvernements dépensent des milliards en subventions industrielles chaque année. Alors, indirectement, plusieurs corps de métier profitent aussi de l'argent public.

Patrick Gauthier
Le Pat Gauthier , juin 08, 2011
Subventionner l'art et la culture oui çà peut être payant!
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Je pourrais vous citer des centaines, voire des milliers d'exemples qui prouvent que de donner des subventions à des artistes, de quel-qu’acabit qu'ils soient, peut et même est très profitable humainement, socialement et aussi économiquement.

Je ne vous en citerai qu'un,qui fait vivre des milliers d'artistes et autres travailleurs en tous genres qui est l'une des plus belles figures de proue de toutes nos industries réunies, qui est le plus bel exemple que l'on puisse donner à nos jeunes.

Cette entreprise culturelle à pue survivre et prospérer grâce à une subvention que le gouvernement de René Lévesque a accordé à un cracheur de feu du nom de Guy Laliberté, fondateur d'une petite troupe de saltimbanques, non rentable à cette époque et qui aujourd'hui rayonne de tous ses feux sur l'ensemble de la planète: LE CIRQUE DU SOLEIL.

Oui subventionner les steppettes et les pirouettes c'est bien.
Réal Brais , juin 08, 2011
un simple...
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Merci pour cet article! Merci... je partage la bonne nouvelle.... smilies/wink.gif
Kim-Edith , juin 08, 2011
D'accord malgré tout , Ce commentaire a été désigné comme non-intéressant par les internautes. [Afficher]
Quebecor profite du système
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En passant, je suis bien d'accord pour le bout sur Quebecor. Mais ils ne sont juste pas fous. Ils profitent du système comme les autres! Comme pour le Colisée. On les laisse faire et généralement, les gens du Rue Frontenac approuvent ces dépenses! Il est là le VRAI problème!
Dominique Dumas , juin 07, 2011
Un jour, les "cultivés" vont commencer à penser... , Ce commentaire a été désigné comme non-intéressant par les internautes. [Afficher]
Spectacle désolant
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J'admire sincèrement le courage de Margie Gillis pour s'être prêtée à un spectacle d'une telle désolation. C'est le genre d'entrevue qui nous rend totalement mal à l'aise. J'avais l'impression d'assister à une inquisition sur Raël, version de droite. Soyons clairs, Sun News n'est qu'un show de boucane destiné à abrutir le plus de gens possible. Ajoutez à cela un peu de paranoïa et vous avez la recette du bonheur, telle que la conçoit PKP et fort probablement Éric Duhaime et Nathalie Elgrably-Lévy. Même que dans son cas à elle, c'est véritablement une certitude. À la manière de Fox, Sun News pratique donc une propagande sans dentelle, tout en laissant l'information et la nouvelle au second plan. J'ose croire que l'existence de ce réseau sera de courte durée. Il y a une limite à se faire remplir et à vouloir lyncher ceux qui ne pensent pas comme l'Empire.
Michel Héroux , juin 06, 2011
Gillis , Ce commentaire a été désigné comme non-intéressant par les internautes. [Afficher]
Dans la série 'Où vont vos impôts ?' (Réponse: dans les revues de Quebecor)
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Et vlan dans les dents ! Excellente chronique M. Gauthier.
De mon côté, j'attends toujours, de la part du Journal de Montréal, un reportage percutant, dans le cadre de la série 'Où vont vos impôts ?', sur les centaines de millions $ des contribuables du Québec qui iront dans l'amphithéâtre Péladeau, à Québec ! hé hé. Je pense que je vais attendre longtemps.
Hypocrisie quand tu nous tiens !
Lolo , juin 06, 2011

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