Rue Frontenac - La violence conjugale bien présente chez les gais






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Nouvelles générales - Société
Écrit par Daniel Renaud   
Mercredi, 29 décembre 2010 10:05
Mise à jour le Mercredi, 29 décembre 2010 10:22

Les meurtres de cinq gais à Montréal en 2010, la plupart à la suite d’une dispute amoureuse, démontrent l’urgence de s’attaquer au problème de la violence conjugale parmi les homosexuels, affirment à l’unisson les intervenants et organismes de défense des droits des homosexuels.

«Cela m’attriste, mais je ne suis pas surprise», affirme Sylvie Thibault, professeure au Département de travail social et de sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais, au sujet des constatations faites par Rue Frontenac il y a deux semaines, en dressant le bilan des meurtres commis à Montréal en 2010.

Cinq des 37 victimes de meurtre répertoriées depuis le début de l’année sont des homosexuels. Dans quatre cas sur cinq, c’est la violence conjugale qui a mené au meurtre, a précisé le commandant de la Division des crimes majeurs de la police de Montréal, Clément Rose. Cinq homosexuels assassinés dans la même année, dans la plupart des cas dans un contexte de violence conjugale, cela ne se serait jamais vu dans la métropole.

Cinq des 37 victimes de meurtre répertoriées depuis le début de l’année à Montréal sont des homosexuels. Photo Rogerio Barbosa

«Normalement, on parle toujours de dispute entre colocataires. Je suis satisfaite de constater que l’on décrit les victimes et les agresseurs comme des conjoints», indique Mme Thibault, probablement la sommité au Québec en matière de violence conjugale chez les gais et lesbiennes, même si elle juge un peu ronflante cette étiquette que le représentant de Rue Frontenac lui a apposée.

En 2001, Mme Thibault a réalisé une étude sur la violence conjugale chez les homosexuels. «L’étude a démontré que la violence conjugale semble bien présente chez les gais, qu’il ne s’agit pas d’histoires isolées et que les mêmes formes de violence sont identifiées dans les couples gais et dans les couples hétérosexuels, soit les violences verbale, psychologique, physique, sexuelle et économique», dit-elle.

«L’un des nombreux mythes est de croire que les gais n’ont pas de longues relations. C’est faux. Ils ont une vie amoureuse et de couple.»

«Mais il y a souvent une inégalité de pouvoir dans un couple gai, en ce sens qu’il y a l’un des conjoints qui exerce son pouvoir sur l’autre. J’ai vu régulièrement des hommes qui utilisaient des insultes homophobes à l’égard de leur conjoint», décrit la professeure.

Selon Mme Thibault, trois facteurs principaux peuvent favoriser la violence conjugale chez les homosexuels. «Les gais socialisent comme des hommes, ils vont endurer et prendre du temps avant d’aller chercher de l’aide. Deux, ils se perçoivent difficilement comme des victimes, et trois, il n’y a pas de ressources car celles qui existent s’occupent principalement du VIH et des adolescents et jeunes adultes qui sont au stade du coming out», dit-elle.

«Le cercle d’amis est très important. Ils vont demander de l’aide à leurs amis mais c’est très difficile de sortir de la violence conjugale car il ne faut pas oublier que c’est une relation amoureuse», ajoute Mme Thibault.

Selon elle, puisque les relations entre les gais et la police n’ont pas toujours été bonnes, les homosexuels victimes de violence conjugale n’appellent pas la police car ils ne pensent pas qu’ils seront protégés.»

«J’ai déjà entendu l’histoire d’un homme qui est allé deux fois à l’hôpital parce qu’il s’était fait casser un bras à coups de 2X2 et qu’il avait reçu des coups de couteau dans la cuisse. Il a dit au médecin que c’est son conjoint qui lui avait fait cela et jamais on ne lui a demandé s’il voulait porter plainte! Aurait-on laissé faire cela si c’est une femme qui avait été la victime?» s’interroge Sylvie Thibault.

Peur des préjugés

«De façon générale, les hommes auront moins tendance à dénoncer la violence qu’ils vivent dans leur couple de peur de ne pas être pris au sérieux ou d’être confrontés aux préjugés des intervenants», renchérit Robert Rousseau, directeur général à Rézo, organisme de référence pour les homosexuels situé à Montréal.

Robert Rousseau, directeur général à Rézo. Photo Rogerio Barbosa

«Dénoncer implique inévitablement un coming out et peut-être une perte de contrôle sur le dévoilement de l’orientation sexuelle, considérant l’aspect public qui pourrait suivre, comme un témoignage à la cour ou le traitement de la cause dans les médias», ajoute M. Rousseau.

Selon lui, une table de concertation sur la violence conjugale chez les gais, pilotée par le Centre de la santé et des services sociaux Jeanne-Mance, a déjà existé en 2008-2009 mais les rencontres ont cessé.

«Il y a pourtant des problématiques dans la communauté homosexuelle pour lesquelles on a peu de données, et la violence conjugale en fait partie», admet-il.

«La violence conjugale dans le milieu gai, c’est ignoré et tabou», affirme pour sa part Yves Nantel, du Service d’aide aux conjoints. Chaque année, son organisme vient en aide à plus ou moins 225 ou 250 participants, des hommes uniquement, qui se disent victimes de violence conjugale. En moyenne, seulement 4 % des appelants sont des homosexuels.

De son côté, Gai Écoute reçoit chaque année des centaines d’appels. Mais la plupart d’entre eux ne sont pas motivés par la violence conjugale. «On peut nous appeler parce qu’il y a des disputes. Lorsqu’il est question de violence conjugale, on dit aux gens d’appeler la police et de sortir immédiatement de la résidence», explique son pdg, Laurent McCutcheon.

Un espoir

«Malgré le fait que l’on soit si progressiste au Québec, on ne parle pas du tout de la violence conjugale chez les gais, ce qui est très paradoxal», déplore Mme Thibault, selon qui le nouveau chef de police, Marc Parent, qui a fait une priorité de la violence conjugale, qui représente 30 % des crimes contre la personne commis à Montréal annuellement, devrait inclure un volet homosexuel dans son plan pour s’attaquer au problème.

«Il faut également donner plus de ressources aux organismes existants pour informer et prévenir la violence conjugale», dit-elle.

«Il faut également mettre en place des ressources pour les victimes de violence conjugale adaptées à la réalité des homosexuels, sans quoi cela sera peine perdue. Il faut faire un travail d’éducation auprès des hommes gais», renchérit M. Rousseau, qui annonce déjà son intention de rencontrer la police pour «développer des projets».

«Je suis stupéfait. Cinq meurtres, c’est énorme. Et cela ne se passe pas sur une autre planète, cela se passe ici, à Montréal», déplore Laurent McCutcheon.

«Lorsque l’on voit des résultats comme ceux-là, c’est inquiétant. Cela m’allume des lumières», ajoute le président de Gai Écoute, qui misera bientôt sur un nouveau système de collecte de données qui lui permettra de classer les appels par catégories, en indiquant par exemple si l’appelant a été victime d’un acte d’homophobie ou de violence conjugale.

«Cinq meurtres chez les gais en 2010, cela démontre qu’il y a un travail à faire auprès de la violence conjugale dans le milieu. Il faut que des gens s’assoient ensemble, c’est certain», croit Yves Nantel, du Service d’aide aux conjoints.

«Aux États Unis, on évalue que la violence conjugale est le 3e principal problème de santé chez les gais, après le VIH et la toxicomanie. Mais au Québec, on est au même point où on était avec les femmes il y a quarante ou cinquante ans», conclut Mme Thibault.

Réponse du SPVM

«Notre procédure en matière de violence conjugale inclut depuis plusieurs années, dans sa définition du couple, les couples de même sexe. Nos policiers ont déjà eu des séances d’information sur le sujet avec la collaboration de nos partenaires ; ils sont sensibilisés à cette réalité», affirme le chef de la police de Montréal, Marc Parent.

Marc Parent, chef de la police de Montréal. Photo d'archives Luc Laforce

Le nouveau chef du SPVM a ainsi répondu mercredi aux demandes de Rue Frontenac, qui lui a fait connaître les inquiétudes des intervenants du milieu gai en ce qui concerne la violence conjugale dans cette communauté.

M. Parent a mis la violence conjugale en tête de ses priorités. Des efforts supplémentaires ont été faits depuis le meurtre d’une femme de Montréal-Nord, Maria Altagracia Dorval, par son ex-conjoint, en octobre dernier.

«Cet automne, nous avons raffiné notre mode d’intervention en dotant nos policiers d’un aide-mémoire sur l’évaluation du risque d’homicide dans une situation de violence conjugale. Le SPVM s’efforce continuellement d’améliorer ses pratiques», ajoute M. Parent.

Depuis 2006, un groupe de 55 policiers, spécialement formés pour faire face aux problèmes de violence conjugale ou intrafamiliale, travaillent sur tout le territoire de Montréal et jouent aussi le rôle de conseillers auprès de leurs collègues. Ce sont 15 000 de ces appels que les policiers reçoivent annuellement, indique M. Parent.

Commentaires (2)

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Les gays et lesbiennes sont des gens comme nous, ils ont droits au respect. Donc...
the Ubbergeek , janvier 12, 2011
...
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qui cela intéresse?
Patriote Cormier , janvier 05, 2011

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