Rue Frontenac - Les grands patins de Roberto Luongo






Les grands patins de Roberto Luongo PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Martin Leclerc
Mardi, 14 juin 2011 15:43

Roberto Luongo a de bien grands pieds : il chausse des patins de pointure 15. À la fin des années 1990, quand il évoluait chez les juniors et que les gardiens grand format n’étaient pas encore à la mode, il était à peu près impossible de se procurer des patins de gardien — haut de gamme — de cette taille dans les magasins. À chaque saison, Luongo devait donc s’en faire fabriquer sur mesure.

Il y a quelques années, alors que je savourais un excellent café dans leur cuisine, les parents de Luongo m’avaient raconté une histoire bien rigolote au sujet de ces fameux patins. L’affaire se serait déroulée en 1997, alors que les Prédateurs de Granby (dirigés par Michel Therrien) affrontaient les Foreurs de Val-d’Or au deuxième tour éliminatoire.

Luongo défendait alors le filet des Foreurs et il était à peu près invincible. Il était d’ailleurs considéré comme le meilleur gardien disponible en vue du repêchage de la LNH. Repêchage au cours duquel les Islanders l’avaient d’ailleurs sélectionné en première ronde (quatrième au total).

Selon eux, sachant qu’il était impossible pour Luongo de dénicher une seconde paire dans un court délai, Therrien avait tenté de s’organiser pour qu’on fasse disparaître ses patins ! Les Prédateurs avaient été vaincus en cinq matchs dans cette série et, selon la légende, l’un des moyens imaginés par l’entraîneur des Prédateurs pour aspirer à la victoire consistait à empêcher Luongo de fouler la patinoire.

— Bien voyons donc ! Michel n’aurait jamais fait une chose pareille !

— Je te le dis !, insistait monsieur Luongo, un brin étonné par mon scepticisme.

— J’ai de la misère à croire ça.

— Je te le dis !

Encore aujourd’hui, j’ai énormément de difficulté à imaginer que pareil scénario ait pu se produire. Mais bon, le folklore du hockey junior n’est-il pas meublé de centaines d’histoires au moins aussi abracadabrantes que celle-là ?

Cela dit, monsieur Luongo peut dormir en paix. Personne ne tentera de dissimuler les patins de Roberto avant le septième match de la finale de la coupe Stanley, qui sera disputé mercredi soir. Parce que ces temps-ci, personne ne rêve de se retrouver dans les chaussures de son fils.

La pression sera énorme sur les épaules de Roberto Luongo mercredi soir.
Photo d'archives Olivier Jean

Nous avons tous déjà assisté à de très grands matchs ou à de grandes compétitions dont l’enjeu était extrêmement relevé. Mais je suis incapable de me rappeler d’un événement ou d’une rencontre sportive dont l’issue pouvait avoir des répercussions aussi importantes et longues sur la carrière d’un athlète.

Par exemple, quand Michael Schumacher a tenté d’expédier Jacques Villeneuve dans le décor durant le Grand-Prix décisif du Championnat du monde en 1997, il a été descendu en flammes et vilipendé par la presse internationale pendant quelques mois. Puis il a repris son boulot comme si rien n’était. Et l’an dernier, quand Ryan Miller s’est fait déjouer en prolongation par un tir de Sidney Crosby en grande finale du tournoi olympique, il est ensuite retourné jouer à Buffalo comme si rien n’était. Personne ne lui a tenu rigueur de ce but décisif, provenant d’un angle impossible, qui a coûté la médaille d’or à son pays.

Le cas de Luongo est fort différent.

Une lourde réputation à supporter

Dans la tête d’à peu près tout le monde, le gardien montréalais n’avait qu’à défendre son filet de façon correcte — sans plus — pour permettre aux Canucks de cueillir la coupe comme un fruit mûr à la conclusion des séries éliminatoires. Mais son jeu irrégulier a plongé son équipe en plein psychodrame dès le premier tour éliminatoire. Après avoir détenu une avance de 3-0 dans la série, les Canucks sont passés à un seul tir de subir l’élimination.

Incapable de fermer ses « dossiers » de manière expéditive, constamment en train de faire du crawl à plat ventre dans son demi-cercle lors des séries subséquentes, Luongo est peu à peu devenu — dans l’imaginaire des partisans — un gaffeur capable du meilleur et du pire. À un point tel, qu’à peu près personne ne se souvient qu’il a signé un blanchissage de plus (4) que Tim Thomas depuis le début des séries, dont deux depuis le début de cette finale contre les Bruins.

Ce ne sont pas les incroyables victoires que Luongo a signées à Vancouver que les gens ont en tête. Ce sont les trois raclées qu’il a subies à Boston. Les deux premières avaient beaucoup fait sourciller. Mais la manière dont il s’est effondré lundi au début du sixième match — alors que la coupe Stanley était dans l’édifice — marquera longtemps les mémoires.

Si Roberto Luongo ne remporte pas son prochain match, les dix prochaines années de sa carrière seront un véritable enfer.

Les gens de Vancouver attendent une coupe Stanley depuis 40 ans. Les médias de cette ville sont aussi enflammés que les nôtres et les tribunes téléphoniques y véhiculent le même genre d’analyses scientifiques. Toute la ville vibre au rythme des Canucks depuis deux mois. Il n’y aura donc pas de pardon pour Luongo.

De toute manière, il est déjà coupable. Si les Canucks remportent la coupe, on dira qu’ils l’ont fait malgré leur gardien.

Si Roberto Luongo ne remporte pas son prochain match, la fenêtre se refermera et les Canucks n’auront probablement pas la chance de se reprendre avant quelques années. Huit de leurs joueurs sont admissibles à l’autonomie, dont la moitié de leur brigade défensive.

Si Roberto Luongo ne remporte pas son prochain match, il lui restera 11 ans de contrat à écouler dans une ville qui aura fait de lui le bouc-émissaire de la plus grande déception sportive de son histoire. Onze ans, c’est long en ta… quand on est obligés de les passer dans la même ville.

Si Luongo ne livre pas une coupe Stanley aux partisans des Canucks mercredi soir, ces derniers seront forcés de vivre avec lui jusqu’au début des années 2020 ! Même si les gens se mettent à huer chacun de ses arrêts et à brûler son chandail dans les rues, comment Mike Gillis pourra-t-il échanger un gardien qui doit encore encaisser 54 millions de dollars et qui est incapable de fermer les livres en séries éliminatoires ?

D’ailleurs, rien qu’à voir le rouge écarlate qui teintait son visage durant le sixième match, on aurait dit que le directeur général des Canucks avait déjà commencé à se projeter dans le futur…

Avec ses grands pieds, Roberto Luongo marchera donc sur un très mince fil de fer mercredi soir. Personne ne jouera aussi gros que lui dans ce match décisif.

On ne peut que lui souhaiter bonne chance. Et se sentir soulagés de ne pas avoir à chausser ses patins.

Commentaires (6)

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Schumacher et Villeneuve
0
Comme si de rien n'était, Schumi a remporté combien de titres de champion du Monde de F1 depuis 1997? Il avait les bons chevaux dans son bolide, tandis que Jacques...

Revenons à l'événement principal, le 7e match de la finale. Je vois ce résultat se terminer en surtemps, peu importe qui va marquer le but vainqueur. Mais j'ai un p'tit penchant pour Mark Recchi, qu'il remporte une dernière coupe avant d'accrocher ses patins!!! et ce, même si ça fait plus de 13 ans qu'il ne porte plus les couleurs du CH!!!
Pierre , juin 15, 2011
L'ÉQUIPE
0
Même si Luongo ne fait pas le différence, il est important de souliger que le Canucks sont quand même en finale. Il n'y a pas que Luongo qui ne performe pas à son max dans cette équipe... Ici au Québec nos journaleux capotent tellement sur les gardiens de but qu'ils en perdent toute crédibilité, il n'y a qu'à penser à la folie Carey Price l'été dernier...Plus fou que ça tu meures.
marie , juin 15, 2011
confiance 101
0
je que je vois de luongo, c'est qu'il est tellement
reculer dans son demi-cercle, que ça prouve le manque
de combativité du gardien et le manque de confiance!
quand tu as les partisans et la presse qui te varlope, comment réagir? gagné!et même si Vancouver
gagne ce soir, luango est échangé ou il va demandé
de partir de cette ville.
tu ne peut pas faire oublier 18 buts en trois parties a boston comme cela! c'est la fin de luango a vancouver.
jean-marc , juin 15, 2011
La Coupe
0
Peu importe qui va gagner cette Coupe Stanley,,, Il demeure cependant que BouBoule Thomas a été de beaucoup supérieur a Luongo. On dit que les gardiens font la différence,je crois que Thomas vas démystifier le côté Homer de cette coupe... Boston 4,Vancouver 3... Stagé avec les arbitres qui reconnaissent Jacobs de Boston, et les réseaux florissants de tout réseau émergent.
Pierre , juin 14, 2011
Si...
0
Luongo se met à penser comme ça, effectivement, les Canucks sont dans le pétrin mercredi. C'est à se demander pourquoi un si grand gardien s'entête à faire le crawl devant son filet. Et c'est à se demander aussi ce qui se passe dans sa tête pour qu'il s'écrase de la sorte à Boston.
Cela dit, dans une semblable série de homer, si jamais les Canucks devaient l'emporter chez eux, devant leurs partisans, par un bas pointage, est-ce qu'on pourra les considérer comme la meilleure équipe de cette finale? J'ai bien de la misère à déterminer qui est le meilleur club!
antoine , juin 14, 2011
vraiment? , Ce commentaire a été désigné comme non-intéressant par les internautes. [Afficher]

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