Rue Frontenac - Le décollage de la CSeries






Le décollage de la CSeries PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Michel Van de Walle
Mardi, 21 juin 2011 15:24

Beaucoup de commentateurs et d'analystes affichaient leur scepticisme à propos de la viabilité du programme de la CSeries de Bombardier. Pas tant pour des raisons techniques que parce que l'entreprise québécoise s'attaquait directement à deux gros concurrents : Airbus et Boeing.

Bombardier a connu un succès retentissant avec ses avions régionaux. La compagnie est arrivée dans ce marché au bon moment, dans les années 90, et a occupé un espace laissé vacant par les grands constructeurs. Elle aurait pu se casser la gueule, surtout qu'elle était un tout nouveau joueur dans cette industrie, n'ayant acquis Canadair que quelques années auparavant. Mais elle a gagné son pari même si, ces dernières années, le marché des avions de 50 à 100 sièges a rétréci comme une peau de chagrin.

Pour se maintenir à flot, Bombardier n'avait guère le choix que celui d'ouvrir une nouvelle fenêtre. Celle des appareils un peu plus gros, ceux de 100 à 149 sièges. La survie de l'entreprise, et ses milliers d'emplois dans la région de Montréal, en dépendait. Il n'y avait plus assez de commandes de CRJ pour faire tourner les usines comme autrefois.

Bombardier semble être en train de confondre les sceptiques avec sa CSeries.  Photo courtoisie Bombardier

C'était bien beau d'affirmer, études de marché en mains, qu'il y aurait des milliers d'appareils vieillissants dans le créneau des 100 à 149 places à remplacer au cours des 20 prochaines années. Mais c'était une toute autre chose que de défier les deux plus grands constructeurs d'avions. Ceux-ci disposent de moyens techniques et financiers largement plus imposants que ceux de la compagnie québécoise.

Il faut dire que Bombardier a joué avec le feu. Pendant plusieurs années, le lancement officiel du programme a été retardé. De trimestres en trimestres, d'assemblée d'actionnaires en assemblée d'actionnaires, la direction repoussait l'échéance. La CSeries était sur les tables à dessin, les appareils semblaient avant-gardistes, mais on n'avait toujours pas d'échéancier pour son lancement.

Cette hésitation a certainement alimenté le doute chez de nombreux clients potentiels. Et c'est sans parler du fait que les grands constructeurs bien implantés, comme Boeing et Airbus, ne parvenaient pas non plus de leur côté à respecter leurs promesses avec leurs nouveaux appareils, les gros porteurs 787 et A380. Alors les promesses de Bombardier...

Le vent tourne

Mais bon, depuis quelques semaines, on a l'impression que le vent a tourné. Après avoir récolté trois commandes après le lancement de la CSeries il y a trois ans, Bombardier est tombé dans une disette de plus d'une année. Le nombre d'appareils commandés jusqu'à récemment (90 fermes et 90 en options) laissait craindre pour la réalisation du programme.

Mais est-ce la stratégie qui a changé en cours de route ? En tout cas, plutôt que d'essayer de décrocher de gros contrats, comme ce fut le cas pour les CRJ, Bombardier a plutôt misé sur l'obtention de petites commandes. Quelques appareils à la fois. Ça ne fait pas de grosses manchettes mais ça remplit tranquillement le carnet.

C'est ce qu'elle fait depuis quelques semaines. Au Salon du Bourget, alors qu'on n'attendait pas grand chose, des contrats se signent. Bombardier a maintenant 123 appareils en commande ferme et 129 autres en option. C'est assez pour aller de l'avant avec la production commerciale, qui doit débuter en 2013.

Fait à noter, ces commandes proviennent de sept clients différents situés sur au moins trois continents : Amérique, Europe et Asie. C'est ce que la direction voulait : être présente dans tous les marchés pour se construire petit à petit une masse critique de clients, anciens et nouveaux.

Ce n'était pas évident à réaliser. Les transporteurs aériens aiment bien faire affaire avec un fournisseur pour la plupart de leurs appareils. Ça réduit les coûts des pièces, de l'entretien et de la formation. Et c'était d'autant moins évident qu'Airbus avait répliqué à la CSeries en lançant en décembre sa famille de A320 remotorisés. Airbus a déjà engrangé plus de 500 commandes mais ce sont pour des A320 et A321, des appareils de 150 places et plus. Aucune, à ma connaissance, pour des A319neo de 124 places, qui sont les concurrents directs de la CSeries.

Reste maintenant à voir ce que fera Boeing, qui semble toujours hésiter entre remotoriser ses 737 ou développer un tout nouveau modèle mais qui serait de plus grande capacité que les 100 à 150 sièges.

Bombardier n'a pas encore remporté le gros lot. Mais sa stratégie des petits pas semble porter fruit et commence à déjouer les prévisions des sceptiques. Ce sera tant mieux pour Montréal, le Québec, et les travailleurs de l'aéronautique qui ont connu plus que leur part de mises à pied depuis 10 ans.

Commentaires (2)

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Fierté!
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Nous sommes fiers de vous la famille Bombardier-Beaudoin, grâce à vous surtout le Québec rayonne et crée des emplois et bravo aussi au gouvernement Charest qui l'appuie!
Je suis fier de vous...et pourtant je ne travaille ni Bombardier, no ne détient de actions de cette belle compagnie!!!smilies/kiss.gifsmilies/kiss.gif
Steves Labelle , juin 21, 2011
Bravo
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Félicitation

Encore beaucoup plus d'emploi au Mexique.
Habitude , juin 21, 2011

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