Rue Frontenac - Les actionnaires du TMX voteront-ils à l'aveuglette?






Les actionnaires du TMX voteront-ils à l'aveuglette? PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Michel Van de Walle
Lundi, 13 juin 2011 13:31

Il est plutôt aberrant que les actionnaires du Groupe TMX aient à voter sur l'offre d'achat de la London Stock Exchange alors qu'un nombre important de décisions réglementaires (et politiques...) n'auront pas été rendues.

La direction du TMX et de la Bourse de Londres jouent avec le feu. En voulant forcer les actionnaires de TMX à se prononcer sur l'offre de Londres dès le 30 juin, ils risquent de se tirer dans le pied.

Mais en même temps, ce sera le pari le plus difficile à relever pour le consortium concurrent Maple : convaincre ces mêmes actionnaires de refuser la proposition de Londres alors que sa propre offre contient plusieurs fils qui ne seront toujours pas attachés à ce moment-là.

Résumons les faits. Le Bourse de Londres, en février, a offert d'acheter le Groupe TMX, qui contrôle les Bourses de Toronto et de Montréal. L'offre se fait par échange d'actions, au terme duquel les actionnaires de Londres contrôleraient 55% de la société fusionnée.

Tollé immédiat chez d'importants acteurs au pays. Des banques, la TD, la CIBC et la Nationale, signent une lettre ouverte dénonçant la proposition londonienne. On craint que la mainmise des britanniques ne conduise à un affaiblissement du secteur financier canadien.

Ces banques s'agitent en coulisse et il y a quelques semaines, elles réussissent à réunir autour d'elles cinq gestionnaires de fonds de pension canadiens importants, dont la Caisse de dépôt et placement de même que le Fonds de solidarité de la FTQ. La Scotia se joint au groupe.

Canada inc. contre Londres

Le consortium, qui prend le nom très patriotique de Maple, annonce qu'il fera une offre d'achat au prix de 48 $ l'action du Groupe TMX, dont environ 33 $ seront versés comptant.

Maple vient de déposer officiellement son offre après avoir annoncé, ce week-end, que son groupe comptait quatre autres joueurs, dont le Mouvement Desjardins et la Financière Manuvie. C'est, en résumé, Canada inc. qui s'oppose à Londres.

Mais dans les deux cas, il y a tellement d'incertitudes quant à la réalisation des propositions qu'elles baignent toutes deux dans le mou et le flou.

Non seulement sur le plan financier, les deux offres ont une valeur réelle aléatoire, mais en plus, plein de décisions politiques et réglementaires qui peuvent les faire dérailler seront rendues après la tenue de l'assemblée des actionnaires du TMX, prévue le 30 juin.

À cette date, il est probable qu'Industrie Canada (entendre le ministre de l'Industrie, Christian Paradis) n'aura toujours pas décidé si l'offre de Londres comporte un « avantage net » pour le pays. Il est possible que, comme dans le cas de Potash, Ottawa estime que la proposition britannique n'est pas à l'avantage du pays.

Mais même si l'offre de Londres ne fait pas l'affaire de la majorité des institutions financières canadiennes importantes, le gouvernement fédéral devra tenir compte d'un facteur géo-politique : il est actuellement en négociations avec la communauté européenne pour conclure un accord de libre-échange. Ces derniers jours, le président du LSE, Xavier Rolet, n'hésitait pas à dire que le Canada serait bien mal perçu dans un tel contexte s'il refusait la proposition britannique. Le ministre Paradis va y penser à deux fois avant de refuser...

Des voix s'élèvent

Toujours dans le registre des décisions réglementaires et politiques à venir, la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario et l'Autorité des marchés financiers du Québec devront aussi donner leur aval à une transaction qui fait passer plus de 10% de la propriété du Groupe TMX vers d'autres mains. Or, l'AMF ne termine ses consultations que le 29 juin, la veille de l'assemblée des actionnaires, et doit tenir des audiences publiques à la mi-juillet. La décision de l'AMF arrivera donc plusieurs semaines après le vote des actionnaires du Groupe TMX.

Du côté de Maple, ce n'est pas beaucoup mieux. Il doit convaincre les actionnaires de TMX de ne pas appuyer, au moins dans une proposition de 70 %, l'offre de Londres. Mais une des conditions importantes de réalisation de son offre est que le Groupe TMX puisse fusionner avec le système alternatif de transactions boursières Alpha. Celui-ci est contrôlé par les grands courtiers du pays, dont aussi ceux de la Banque de Montréal et de la Banque Royale qui agissent comme conseillers... du groupe TMX et de la Bourse de Londres dans leur proposition de fusion. Ces deux banques vont-elles accepter de vendre leurs parts dans Alpha ?

Ce projet de mise en commun d'Alpha et de TMX pose un problème de compétition, car les deux ensemble contrôlent 90% du marché des transactions boursières au pays. Le Bureau de la concurrence doit rendre une décision à ce propos, qui arrivera sans doute après l'assemblée des actionnaires du TMX. Plusieurs voix se sont élevées contre le retour à une situation de monopole et il n'est pas acquis que le Bureau donnera son aval à Maple.

Dans le flou et le mou, disais-je. C'est le moins que l'on puisse dire à propos du contexte dans lequel les actionnaires du Groupe TMX devront voter dans 17 jours.

La seule solution raisonnable, actuellement, est de reporter l'assemblée des actionnaires du Groupe TMX jusqu'à ce que les décisions réglementaires soient prises. Je continue de penser que Maple aura finalement gain de cause. Mais il faudrait au moins que les actionnaires du Groupe TMX puissent voter autrement qu'à l'aveuglette.

Commentaires (1)

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Je vois pas ce qu'il y a d'aberrent, c'est logique de commencer en posant la question aux actionnaires s'ils veulent vendre. Ça sert a rien de savoir si c'est légal ou non si les actionnaires sont même pas interessé, c'est comme n'importe quel transaction financière, s'ils ne veulent pas vendre, à quoi ça sert d'aller plus loin? S'ils ne veulent pas vendre a cause qu'ils ont peur de la reglementation, l'acheteur a juste a revenir avec une autre offre... De toute façon, je suis persuadé que quelque part dans l'offre c'est écrit que la transaction dépend de l'approbation des différent organisme, blablabla.
Deric Caron , juin 13, 2011

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