Rue Frontenac - Le non-dit du budget Flaherty






Le non-dit du budget Flaherty PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Michel Van de Walle
Lundi, 06 juin 2011 19:48

À la surface des choses, on pourra dire que les Conservateurs ont rempli leurs engagements. Et qu'ils ne nous ont pas réservé de surprises, dans ce nouveau budget du ministre des Finances, Jim Flaherty.

Comme ils s'y étaient engagés en campagne électorale, les Conservateurs font ce qu'ils ont promis : ils entendent verser une compensation de 2,2 G$ au Québec pour l'harmonisation de la taxe de vente et ils vont couper les subventions publiques aux partis politiques fédéraux.

Avec leur quasi déroute au Québec, d'autres se seraient attendus à ce que la promesse électorale sur la TPS/TVQ fasse long feu, ou soit reportée aux calendes grecques. Mais le revirement aurait été trop gros. Déjà que le cynisme des électeurs à l'endroit de la classe politique est plus intense que jamais, renier cette promesse faite aux Québecois aurait détruit à tout jamais toute chance des Conservateurs de faire un jour des gains ici pour au moins une ou deux générations.

Quant aux coupes dans les subventions publiques aux partis politiques, c'est la façon qu'ont trouvé les Conservateurs de détruire leurs ennemis politiques, surtout les Libéraux et le Bloc québécois. Ces deux partis auront beaucoup de misère à survivre à cette mesure anti-démocratique.

Mais bon, c'était dans la plate-forme électorale conservatrice et personne n'est surpris de voir le ministre Flaherty y donner suite. « On vous avait prévenus avant l'élection », peut-il rétorquer.

Dans quels programmes le ministre Flaherty fera-t-il ses coupes? Le budget est plutôt muet sur cette question.   Photo d'archives

Si, donc, ce nouveau budget ne comporte pas de surprises, il y a beaucoup de non-dit.

Dans le budget précédent du 22 mars, il y avait ce chapitre sur les Examens stratégiques qui était un peu passé sous le radar. Mais on y voyait déjà les ingrédients d'un retour à l'équilibre plus vite que ce que le projections laissaient croire. Pas étonnant qu'en campagne électorale, les Conservateurs ont ensuite promis de sortir du rouge une année plus vite que prévu.

Quelles coupures ?

Mais voilà : le nouveau budget est totalement silencieux sur les cibles des coupures. Tout comme l'était d'ailleurs la plate-forme électorale conservatrice.

Les économies visées par les Conservateurs sont de un milliard de dollars (G$) l'an prochain, de 2 G$ l'année suivante pour atteindre les 4 G$ récurrents à compter de 2014-15. C'est ce qui leur permet d'estimer que le budget fédéral reviendra à l'équilibre cette année-là, un an plus vite qu'anticipé si rien n'était fait.

Avec des opérations annuelles qui jouent dans les 250 G$, certains diront que de trouver quelques milliards par année est chose relativement simple. Que la bureaucratie fédérale est grasse et qu'il y a place à couper. Mais en fait, dans ces 250 milliards, il y a de très gros morceaux qui vont en transferts aux particuliers (chômage, prestations aux aînés, etc), en transferts aux provinces (péréquation, santé, éducation) et au service de la dette.

En fait, l'Examen stratégique porte sur les 80 G$ de dépenses des ministères votées par le Parlement. Chercher à terme à les réduire de manière récurrente de 4 G$, c'est couper 5 %.

Depuis qu'ils sont au pouvoir, les Conservateurs ont commencé à comprimer dans les dépenses et éliminer les programmes qui ne constituent pas une « mission fondamentale ». On a vu de beaux exemples de coupures, notamment dans le secteur culturel, qui ont provoqué des remous au Québec lors d'une précédente élection.

Les Examens stratégiques existent depuis 2007. Or, en 2010-11, les économies récurrentes générées après trois exercices ne sont que de 987 M$, selon le dernier budget. Cette année, cela devrait monter à 1,4 G$. À compter de 2012-13, l'an prochain, le ministère de la Défense doit être mis à contribution avec des coupes de 525 M$ puis de 1 G$ les années suivantes. Avec les achats de matériel qui sont prévus (le F-35, les nouvelles frégates, etc), on se demande comment ce sera possible.

Si, bien sûr, on ne peut être contre une revue des dépenses de fonctionnement ou des moyens à prendre pour augmenter la productivité, cet Examen va aussi s'attarder sur « la pertinence et l'efficacité des programmes ». Il faut qu'ils soient davantage conformes aux attentes des Canadiens, dit en substance le gouvernement.

Pas seulement dans le gras

Comme dans tout exercice d'assainissement budgétaire, couper les premiers dollars, ou les premiers millions pour un gouvernement, peut être relativement facile. Mais plus on avance, plus les coupes font mal. Déjà, les précédentes, ont fait grimper dans les rideaux. Pour parvenir à 4 G$ par année de manière récurrente, on sabrera plus que dans le gras.

Mais nulle part dans ce budget, non plus que dans la plate-forme pour la dernière élection, les Conservateurs se sont montrés précis sur leurs intentions. Quels programmes ne correspondent pas aux priorités des Canadiens ? En fait, aux priorités que les Conservateurs estiment être celles des Canadiens ?

Stay tuned. Le non-dit de ce budget finira bien par se révéler petit à petit au fil des prochains mois.


Commentaires (2)

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Encourager la classe moyenne
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Suite au commentaire de YR, je réalise que je suis pas mal tannée d'entendre que ce serait encourageant de serrer la vis aux paresseux. Comment on va les départager? Par leur déclaration d'impôts? Mais, des paresseux, il n'y en aurait-il pas qui gagne plus de 80K? Commençons donc par stopper le capitalisme sauvage qui sévit et on se conduira probablement moins comme des crabes dans un panier! Une augmentatin de l'imposition aux entreprises est nécessaire, n'ayons pas peur, les entreprises ne s'en iront pas, tant qu'y a une piasse à faire! Exigeons un niveau de vie décent pour tous et chacun, restons humains. Ouf, ça fait du bien.
Annie G. , juin 08, 2011
L'État providence
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Ceux qui contribuent à outrance à l'état providence sont essoufflés (la classe moyenne) les riches s'en sauvent avec le système légal qu'ils ont mis en place leur permettant toutes sortes d'abris fiscaux quand ils ne vont pas mettre en argent ailleurs dans des paradis fiscaux comme la Jamaïque. D'accord pour aider les démunis, mais au moins serrer la vis aux paresseux, ce serait un encouragement pour ceux qui se font siphonner par les impôts et les taxes. Je sais que c'est plus facile à dire qu'à faire, mais au moins il faut essayer.
YR , juin 07, 2011

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