PDF Imprimer Envoyer
La chronique de Michel Van de Walle
Jeudi, 26 mai 2011 17:37

Les actionnaires du Groupe TMX, qui contrle les Bourses de Toronto et de Montral, sont coincs. Coincs entre deux offres d'achat qui dpendent de tellement de conditions que les probabilits qu'elles se ralisent, ou chouent, semblent aussi bonnes pour l'une que pour l'autre.

Et en plus d'tre coincs, ils se font bousculer.

Cette semaine, le Groupe TMX a obtenu d'une cour ontarienne la permission de devancer son assemble des actionnaires qui doit servir avaliser la proposition d'achat de la Bourse de Londres. Ce faisant, la direction du Groupe TMX, qui favorise l'offre des Britanniques, tente de couper l'herbe sous le pied de ses autres poursuivants, soit le Maple Group Acquisition.

Maple n'a pas tard ragir. Dans les heures qui ont suivi, le consortium form de quatre banques et de cinq fonds de pensions canadiens, a annonc qu'il allait sous peu transmettre son offre d'achat directement aux actionnaires du Groupe TMX, faute de pouvoir s'entendre avec ce dernier.

Incertitudes

La bataille est bel et bien engage. Le problme, c'est que dans les deux cas, les propositions comportent beaucoup d'incertitudes.

Mme si Londres s'est engage faire de la Bourse de Montral la pierre angulaire du dveloppement futur de son secteur des produits drivs, rien ne garantit qu'il en sera ainsi sur une longue priode. Photo darchives

D'abord, sur le plan strictement financier, les deux offres sont gomtrie variable. La Bourse de Londres propose d'acheter le Groupe TMX par un change d'actions. Or, si on connait aujourd'hui la valeur des titres du groupe britannique, l'accepter est un pari sur l'avenir. Et ce l'est d'autant plus que le track record de la direction de la Bourse de Londres a t marqu rcemment par davantage de semi-checs que de grands succs. Rien ne garantit qu'avec TMX, ce sera mieux.

Avec sa portion en espces, l'offre de Maple semble plus allchante. Mais elle pche aussi par un excs de confiance. Maple prtend que sa proposition vaut 48 $ l'action du TMX, pour une valeur totale de 3,6 G$ (contre 3,2 G$ pour celle de Londres). Toutefois, la part comptant est de 33,52 $, le reste de la valeur rsidant dans les actions que Maple mettra ventuellement. Or, le calcul de ces presque 15 $ de valeur additionnelle parait assez alatoire. Maple prtend que l'intgration du Groupe Alpha et du service de compensation CDS, qui appartiennent aux banques membres du consortium, ajoutera de la valeur. De plus, Maple soutient que l'intgration de ces deux entits permettra des conomies d'chelle et des synergies qui amlioreront la profitabilit.

De toute vidence, les actionnaires n'achtent pas ce beau discours. Ils ont bien sr fait grimper les actions du Groupe TMX le jour de l'annonce de l'entre en scne de Maple. Mais les actions se transigent toujours dans les parages des 44 $, soit bien en-dea de la valeur prtendue par le consortium canadien.

En plus de conditions financires pour le moins alatoires, les actionnaires du Groupe TMX ont aussi valuer d'autres lments tout aussi incertains des deux propositions.

L'offre de la Bourse de Londres doit passer le test de l'avantage net devant Investissement Canada. Or, rien n'est moins sr. Devant la leve de boucliers que la proposition britannique a provoque sur Bay Street et ailleurs au pays, pas certain que le gouvernement fdral trouvera suffisamment d'lments pour ne pas bloquer le projet. Surtout que la Bourse de Londres dtiendra le contrle des voix et du conseil de la future entit fusionne et que les garanties pour l'avenir de la prsence canadienne (et qubcoise) au c.a. sont vaseuses.

De plus, mme si Londres s'est engage faire de la Bourse de Montral la pierre angulaire du dveloppement futur de son secteur des produits drivs, rien ne garantit qu'il en sera ainsi sur une longue priode. Et qu'arriverait-il si, une fois la fusion ralise, le nouveau groupe devenait lui aussi l'objet d'une offre d'achat d'un plus gros joueur international ?

L'offre de Maple comporte elle aussi sa part d'incertitudes. Car elle est conditionnelle l'obtention du Bureau de la concurrence d'une autorisation intgrer le Groupe Alpha et les services de compensation CDS. Le premier cas risque de poser un problme srieux. Plate-forme alternative de ngociation lance il y a trois ans par les banques canadiennes et quelques autres investisseurs, Groupe Alpha a men une guerre de tarifs au Groupe TMX. Il a russi lui soutirer 20 % du volume des transactions sur actions. En le combinant avec TMX, ce dernier accaparera 90 % du volume canadien des transactions.

La direction de Maple fait valoir que cette situation de quasi-monopole ne conduira pas une augmentation des tarifs : il reste d'autres joueurs au Canada pour les concurrencer et, en plus, certains des gros titres canadiens comme Barrick, Research in Motion ou Potash se transigent davantage sur les bourses amricaines.

Cela suffira-t-il convaincre le Bureau de la concurrence qu'ici, TMX n'aura pas un monopole de fait sur la trs large majorit des transactions touchant les compagnies canadiennes ? Rien n'est moins sr. Plusieurs voix s'lvent contre une telle ventualit.

Avantages

Si la proposition de la Bourse de Londres comporte des lments d'incertitude, elle offre par contre la possibilit aux compagnies canadiennes d'avoir davantage de visibilit internationale. Elles pourraient ainsi plus aisment lever des capitaux l'chelle mondiale, peut-tre en obtenant une meilleure valeur. a peut tre sduisant pour les plus grosses d'entre elles.

Alors que la tendance est l'internationalisation, la proposition de Maple apparait par contre comme un repli sur soi, disent certains. On reste chez nous, avec nos affaires. ventuellement, lorsque le Groupe TMX sera consolid et que sa valeur sera mieux reconnue, le plan d'affaires du consortium canadien n'exclut pas les incursions internationales. Mais le nouveau TMX sera-t-il un jour suffisamment imposant pour dicter ses conditions d'autres et tre autre chose qu'une proie ? Cela reste dmontrer.

En somme, il reste beaucoup de choses clarifier, prciser et expliquer aux actionnaires du Groupe TMX l'intrieur d'un bien court mois. Voudront-ils prendre le risque de perdre la direction du march boursier canadien au profit d'une expansion l'international ou prfreront-ils en conserver le contrle avec l'offre des actionnaires locaux ?

Rcemment, on a eu deux exemples contradictoires. D'un ct, les Australiens ont prfr conserver la mainmise sur leur Bourse de Sydney en bloquant l'offre d'achat formule par celle de Singapour. Par contre, au sud de la frontire, les autorits amricaines ont dit craindre pour le maintien d'une saine concurrence si NASDAQ et ICE achetaient la Bourse de New-York, ce qui laisse la voie libre l'offre d'achat par la Deutsche Boerse de Francfort.

Je parie pour ma part que la proposition de ceux qui se drapent de l'oriflamme national aura prsance sur celle de la sirne britannique. Et pour le Qubec, ce serait d'autant mieux ainsi que parmi les actionnaires de Maple, on trouve la Banque Nationale, la Caisse de dpt et le Fonds de solidarit de la FTQ qui pourront voir aux intrts de la Bourse de Montral. Dj que cette dernire est passe sous le contrle de Toronto, un peu plus de prsence qubcoise la table du conseil du Groupe TMX ne ferait pas de tort.

Commentaires (1)

Flux RSS pour les commentaires

Affichez les commentaires
Le march des capitaux
0
Je ne comprends tout simplement pas pourquoi l'tat devrait laisser une main trangre contrler son march d'change des capitaux? Et quel est l'argument le plus convaincant que le LSE Group prsente dans cette acquisition?
Joe , mai 26, 2011

Ecrivez un commentaire

Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

busy