Rue Frontenac - Vendre des jeux violents à des mineurs restera légal aux États-Unis






Vendre des jeux violents à des mineurs restera légal aux États-Unis PDF Imprimer Envoyer
Le blogue de Jean-François Codère
Lundi, 27 juin 2011 16:33

La Cour Suprême des États-Unis a rendu aujourd'hui un jugement attendu dans le domaine des jeux vidéo et confirmé qu'il resterait légal au sud de la frontière, comme au nord d'ailleurs, de vendre des jeux vidéo violents à des jeunes d'âge mineur.

Nul besoin de rappeler tout le mal qui s'est dit sur les jeux vidéo et leur impact sur la jeunesse au cours des dernières années, voire des dernières décennies.

L'État de la Californie, Arnold « Terminator » Schwarzenegger en tête, avait déposé en 2005 une loi interdisant, sous peine d'une amende de 1000$, de vendre des jeux décrits comme « violents » à des jeunes de moins de 18 ans. La loi déterminait qu'un jeu vidéo était violent quand il « offrait aux joueurs l'option de tuer, causer des lésions, démembrer ou agresser sexuellement une représentation d'un être humain ». Parions que les jeux mettant en vedette des extra-terrestres se seraient multipliés, comme s'ils n'étaient pas déjà assez nombreux!

Des neuf juges de la Cour Suprême, sept ont rejeté le projet de loi (PDF), bien que deux d'entre eux l'aient fait avec une certaine réserve. La Cour conclut en résumé que le Premier amendement, celui sur la liberté d'expression, s'applique aux jeux vidéo de la même façon qu'aux livres, à la musique ou aux films, et que c'est aux parents, pas à l'État, de décider ce qui convient à leurs enfants.

Rappelons qu'aux États-Unis comme au Canada, tous les jeux vidéo produits reçoivent une « cote » de l'Entertainment Software Rating Board (ESRB). Les plus violents reçoivent généralement la cote « M », pour « Mature », ce qui signifie qu'ils ne devraient être consommés que par des joueurs de 17 ans et plus. Cette cote n'a toutefois qu'un pouvoir de suggestion.

L'ennui, c'est que beaucoup de jeux très populaires portent la cote « M ». À peu près tous les jeux de tir, en fait, dont le plus populaire de tous, Call of Duty. Or, ai-je pu constater au cours de l'hiver dernier pendant que j'entraînais des joueurs de hockey de 11 et 12 ans, c'est que Call of Duty est de loin leur jeu préféré et celui devant lequel ils passent le plus de temps. Visiblement, la « suggestion » n'a pas tellement d'effet.

Les jeux vidéo affichent tous une cote attribuant un âge minimal à leur contenu, mais ce n'est qu'une suggestion. Le jeu inspiré du film de Disney Cars 2 devrait être réservé aux 10 ans et plus. Photo Olivier Jean

Est-ce que le fait de jouer à Call of Duty va en faire des détraqués? Fort probablement pas. Les cinq juges se joignant à l'opinion majoritaire ont d'ailleurs déterminé que l'État de la Californie n'avait pas réussi à faire la preuve que les jeux violents affectaient le comportement des mineurs, du moins pas plus que d'autres formes de divertissement.

Il vaut peut-être toutefois la peine de noter l'opinion du juge Alito, qui a lui aussi rejeté la loi, mais qui a quand même pris la peine d'exprimer certaines réserves, auxquelles souscrit aussi un autre collègue.

« Selon (l'opinion principale), tous ceux qui s'inquiètent des effets des jeux vidéo violents (...) ont peur indûment (...). Passer des heures et des heures à contrôler les actions d'un personnage qui abat des trombes d'innocentes victimes ne serait pas différent en espèce de lire une description d'un acte de violence dans une oeuvre littéraire. (L'opinion principale) est sûre de cela. Je ne le suis pas. Il y a des raisons de croire que l'expérience de jouer à des jeux vidéo violents puisse être différent de lire un livre, écouter la radio, regarder un film ou une émission de télévision. »

Personnellement, je suis assez ambivalent sur la question. J'ai joué à des jeux violents bien avant d'avoir 17 ans et je ne considère pas qu'ils ont eu un impact sur mon agressivité. D'un autre côté, j'ai de la difficulté avec l'hypocrisie que représentent les cotes affichées sur les jeux si elles n'ont à peu près aucun pouvoir. Plusieurs chaînes de détaillants se sont engagées à les respecter à leurs comptoirs-caisses, mais seront-ils aussi motivés maintenant?

Commentaires (1)

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Le rôle des parents
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Les parents sont censés surveiller ce que font leurs enfants - de la même façon qu'ils doivent superviser ce que leurs enfants regardent ou lisent.

Si on laisse l'état légiférer sur de telles questions, pourquoi ne pas interdire les jeux de "pow-pow, t'es mort" sur la voie publique. On pourrait aussi interdire la lecture du Petit chaperon rouge (la grand-mère meurt) ou même de la bible (David tue Goliath, Jésus est torturé, etc...).

Personnellement, j'ai lu l'histoire romaine à 12 ans et c'était sérieusement violent, j'ai lu le KamaSutra au même âge et j'ai fait des guerres avec des soldats de plastique qui se terminaient en hécatombe et j'ai finalement pas si mal tourné. C'est une question d'éducation et de supervision.
514 , juin 28, 2011

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