Rue Frontenac - Nonya — Tous les parfums et les saveurs de l’Indonésie






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Détente - Plaisirs de la table
Samedi, 18 septembre 2010 16:20

Quand on entre au Nonya, nous sommes immédiatement envoûtés par le très subtil parfum d’encens flottant dans l’air et l’apaisante musique traditionnelle, le gamelan, et la déco très zen, composée de parasols comme on en trouve dans les temples hindous balinais, de profonds coussins aux tissus orientaux multicolores disposés sur une longue banquette de bois exotique. Impossible de ne pas s’y sentir complètement détendu.

Vous revenez d’un voyage en amoureux (de noces?) à Bali? Vous serez immédiatement envahis de souvenirs mémorables.

Vous n’avez jamais foulé le sol de cette Indonésie aux milliers d’îles, de paysages et de cultures différents? Vous n’aurez qu’une envie, y partir. Dès le lendemain.

Évidemment, il faut vouloir le trouver ce restaurant.

Le Nonya, rue Bernard, dans le Mile-End, est probablement le seul restaurant entièrement indonésien à Montréal et au Québec. Il faut dire que la communauté indonésienne québécoise est microscopique.

«Selon l’ambassade, nous sommes entre 200 et 300. Mais la majorité sont des étudiants qui ne sont que de passage», explique Stephani Wiharto, copropriétaire du Nonya avec son frère Ivan (prononcer Ifan).

Dur, trouver des cuistots

Une communauté tellement petite que Stephani et Ivan peinent à trouver ici des cuistots qui connaissent leur gastronomie. Ils ont bien formé des gens d’ici, mais c’est toujours un peu complexe d’inculquer cette culture culinaire inspirée des nombreux métissages que l’histoire a causés dans ce chapelet d’îles peuplées de 280 millions d’indonésiens à des gens qui n’ont jamais foulé le sol de ce pays. La cuisine a des accents indiens, chinois, hollandais, portugais, rehaussée évidemment des épices et produits typiques du pays.

Ivan et Stéphani, frère et soeur, propriétaires du Nonya. Photo Hugo-Sébastien AUBERT

Stephani réussit donc, grâce à un programme de Ressources humaines Canada, en démontrant qu’il lui est impossible autrement de trouver la main-d’œuvre adéquate, à faire venir ici des chefs expérimentés de son pays. Elle leur débusque des appartements et les équipe pour l’hiver. Les serveurs, eux, sont bien d’ici.

Parcours étonnant

L’histoire des Wiharto est en soi intéressante elle aussi.

Natifs de la région de Jakarta, capitale et mégapole de 18 millions d’habitants sur l’île de Java, Stephani et Ivan viennent d’une famille qui y est propriétaire de sept restaurants.

Ivan a été le premier à quitter l’île. Pour aller étudier en cuisine dans une école d’hôtellerie près de Montreux, en Suisse. Au bord du majestueux lac Léman, avec vue sur les alpes enneigées. Puis Stephani, elle, est partie vers une destination moins lointaine, Singapour, pour étudier en mode dans une succursale du collège LaSalle. C’est d’ailleurs ce qui l’a amenée ici après un an à Singapour, elle a poursuivi sa formation à Montréal.

Il n’y qu’à voir le décor épuré et harmonieux du resto, les petits détails jusque dans les salles de toilettes, dans lesquelles on a l’impression d’entrer dans un spa, pour se rendre compte qu’une spécialiste de la mode et du design, en l’occurrence la rayonnante copropriétaire, y a mis sa touche. Une touche qui complète à merveille le talent culinaire de son frère, plus réservé.

Ce restaurant affiche un décor typique, épuré et harmonieux. Photo Hugo-Sébastien AUBERT

Il y huit ans, elle et son frère ont convenu que Montréal était un bon endroit pour ouvrir le resto dont ils rêvaient (même si, au Canada, note Stephani le sourire en coin, ouvrir un resto, c’est tout un tas de paperasse complexe!).

Le nom choisi, Nonya, signifie selon Stephani «petite femme chinoise, comme ma mère et moi». Car en Indonésie, les gens comme leur cuisine portent les traits des métissages historiques. Certains, comme Stephani, ont hérité des traits plus typés des chinois, ce pourquoi elle s’attribue la désignation de «nonya».

Cuisine raffinée et relevée

Je ne vous ai pas encore parlé de cuisine.

Alors voilà. Elle est difficile à décrire par des mots tant ses parfums et ses saveurs ne ressemblent à aucune autre des cuisines que l’on connaît.

C’est une cuisine où les épices et herbes sont au centre de tout, relevée sans être ultra-épicée et piquante, raffinée et élaborée.

«Il y a beaucoup de plats mijotés, comme le rendang (un ragoût de bœuf mijoté dans le lait de coco et les épices, un plat traditionnel de l’île de Sumatra), qui mijote pendant trois ou quatre heures», décrit Stephani.

Autre succès de la maison, c’est le fameux bebek bengil, un plat balinais de canard croustillant. Apprêté de la façon la plus traditionnelle qui soit, avec sa petite sauce soya sucrée et bien épicée. Mais c’est avec les cuisses confites de Canard du Lac-Brome qu’Ivan travaille. Il les aime bien, d’ailleurs. Plus charnues et juteuses que celles des canards de son pays.

Côté approvisionnement, le chef importe directement de son pays pas mal d’épices et d’herbes, mais trouve aussi son compte en arpentant le marché Jean-Talon pour dénicher les pièces de viande dont il a besoin. Il ne remplace jamais un élément typique de sa cuisine introuvable ici par un ingrédient de remplacement.

Festif rijstafel

Un incontournable à mon avis pour toute personne souhaitant au maximum découvrir les plats indonésiens, mais il faut être au moins deux pour commander cela, c’est le traditionnel rijstafel. C’est le grand festin traditionnel des familles indonésiennes, composé d’une foule de petits plats qu’on dépose au centre de la table et qu’on déguste dans l’ordre de notre choix.

Brochettes de satay (poulet en sauce aux arachides), gado gado (salade traditionnelle de haricots longs, d’épinards et de fèves germées, œuf et pomme de terre napée d’une sauce arachides), pepesikan (tilapia en papillote de feuille de bananier, citronnelle et curry jaune) et le fameux rendang seront au menu.

«C’est comme ça qu’on mange en famille à la maison chez nous: des petits plats. Des fois on commence par le dessert! On a beaucoup de fierté pour ce qu’on fait. Il faut être authentique puisqu’on est les seuls», raconte Ivan.

Côté dessert, et c’est là le seul accroc à la tradition d’Ivan, il offre une crème brûlée. Classique certes, mais encore là, il a réussi à «l’indonésianiser». En la parfumant avec une infusion de feuille de pandan, un arbre de la famille des cocotiers. Mais il faut aussi goûter le dessert traditionnel, le pudding au riz noir collant.

Je n’ai décelé qu’une faiblesse au Nonya. La carte des vins. Ne comptant qu’une dizaine de références, elle offre des produits corrects, certes, mais la cuisine raffinée et savoureuse d’Ivan mériterait d’être accompagnée d’une sélection de vins plus étoffée et tout aussi originale que le menu.

Il est par ailleurs conseillé de réserver, le resto n’est pas bien grand.

Vous êtes allés chez Nonya? Parlez-nous de votre expérience. Recommandez-vous cet endroit?

FICHE D’APPRÉCIATION

Nonya

151, Bernard Ouest

Ouvert du mardi au samedi

Prix
plats: 16 à 19$
Table d’hôte – soupe, entrée, plat, dessert: 27$ (20$ le mardi et mercredi)
Rijstafel: 40 et 45$ par personne

Note Globale : 9/10

Rapport qualité/prix : 8/10

Ambiance/décor : 9,5/10

Originalité : 9/10

Plats : 9/10

Carte des vins : 6/10

Service : 8,5/10

 

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