Des Black Eyed Peas dépourvus de leur âme Imprimer
Détente - Poste d'écoute
Écrit par Philippe Rezzonico   
Vendredi, 12 juin 2009 23:11
Mise à jour le Samedi, 13 juin 2009 14:54

Contrairement au titre (The E.N.D.), l’anagramme du tout nouveau disque des Black Eyed Peas ne veut pas dire «la fin» mais Energy Never Dies. Quoique à l’écoute de cette galette, ça ne nous dérangerait pas tellement que ce soit la dernière.

De l’intro, durant laquelle une voix – celle de Will.i.am? – résonne comme celle d’un Darth Vader d’outre-tombe, les compositions de The E.N.D. trempent, surnagent, baignent ou se noient littéralement dans un océan d’Auto Tone in-sup-por-ta-ble! On s’y attentait un peu, à l’écoute de l’extrait Boom Boom Pow depuis des semaines, mais on pensait que cela allait être l’exception. Pas la règle.

Écoutez les voix trafiquées de Rock That Body et Rockin to the Beat, c’est épouvantable… On a l’impression d’entendre un groupe poche du genre Michael Zager Band (Let’s All Chant), issu du tournant des années 1970-1980


Les BEP tentent de séduire (sic) avec des compos plus factices que jamais qui semblent destinées aux adolescents blancs qui s’émoustillent sur les planchers de danse le week-end.

Le pire, c’est que ça ne se limite pas à la livraison vocale qui transforme parfois la voix de Fergie au point qu'elle soit méconnaissable. Toute la production de The E.N.D. est charpentée sur des beats sans chaleur et avec des synthés plus artificiels que jamais, tout ça au sein d’un enrobage sonore aussi futuriste de ton que glacial dans sa texture. C’est tellement vrai que lorsqu’on entend une vraie grosse ligne de basse bien grasse en ouverture de Out of My Head – la dixième chanson –, on se dit: «Tiens! Enfin un son organique…»


Que les BEP veuillent explorer d’autres voies artistiques, pas de problème. Mais doivent-ils complètement se dénaturer pour le faire? Ce band a déjà été l’un des fleurons du hip-hop. Ici, il n’en reste qu’un vague phrasé, notamment sur Electric City, Showdown et One Tribe (très bonne). Le funk a été l’une des bases de travail des BEP. C’est bien la seule chose qui soit encore un tant soit peu palpable sur un certain nombre de titres, Missing You entre autres.

Mais le plus souvent, les BEP tentent de séduire (sic) avec des compos plus factices que jamais qui semblent destinées aux adolescents blancs qui s’émoustillent sur les planchers de danse le week-end. Party All the Time est pas mal moins bonne que Let’s Get it Started et si New Generation a un vrai bon tempo qui incite fortement à se dandiner, les paroles sont aussi nulles que soulignées à gros trait. Navrant.

Que les Black Eyed Peas fassent un mauvais disque, ça arrive. Tout le monde peut faire un faux pas. Mais quand on perd à ce point son identité, c’est dramatique. On pourra mesurer ça le 19 juin, au parc Jean-Drapeau, dans le cas du festival Virgin. Sur scène, il y a fort à parier que pas mal des irritants du disque vont disparaître.

Black Eyed peas, The E.N.D., Interscope

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