Rue Frontenac - EXCLUSIF – La Ville renie ses engagements envers le Marché public Saint-Jacques






EXCLUSIF – La Ville renie ses engagements envers le Marché public Saint-Jacques PDF Imprimer Envoyer
Affaires - Alimentation
Écrit par Marie-Eve Fournier   
Jeudi, 19 août 2010 17:16
Mise à jour le Dimanche, 22 août 2010 14:33

Les engagements pris par la Ville de Montréal pour assurer jusqu’en 2047 la vocation de marché public du Marché Saint-Jacques, près du parc LaFontaine, ne tiennent plus. Malgré les annonces effectuées par les élus et le bail signé avec l’entreprise privée qui a mis la main sur l’édifice en 2007, le marché n’a plus rien de public, a découvert Rue Frontenac. Les travaux de réfection étant pratiquement terminés, une foule de commerces ont envahi l’espace.

Situé à l’angle des rues Amherst et Ontario, le Marché Saint-Jacques a été vendu pour 2,3 M$ à Investissements Rue Wolfe, filiale du promoteur immobilier Rosdev. Une décision qui a «excessivement déçu» la Corporation de gestion des marchés publics de Montréal (CGMPM), tient à souligner son PDG, Marc Angers. Cette corporation a comme mandat de sous-louer à des producteurs agricoles les espaces dans les marchés publics que la Ville lui loue.

La privatisation complète du Marché Saint-Jacques résulte de l’impossibilité pour Rosdev de louer l’espace extérieur à la CGMPM tout en louant l’intérieur à divers commerces comme la boulangerie Première Moisson, analyse Marc Angers.

Cette situation est déplorable pour le marchand de fruits et légumes Claude Plouffe, qui a dû quitter l’espace extérieur après 28 ans, mais elle ne l’étonne guère. «Ils ont réalisé que ce qu’ils ont signé il y a quatre ans ne pouvait pas fonctionner. Car les détaillants qui ont loué à l’intérieur de l’édifice voulaient de l’espace à l’extérieur pour leur terrasse. C’est pour ça qu’ils (Rosdev) ont bypassé les ententes prises à l’époque.»

Malgré les garanties données par les élus lors de sa vente à une entreprise privée, le Marché Saint-Jacques n’est plus un des marchés publics de Montréal.  Photo Luc Laforce

«Ils (Rosdev) sont allés voir la Ville, la Ville est venue nous voir, et on a résisté longtemps, raconte M. Angers. Mais Rosdev a mis des bâtons dans les roues à nos producteurs en leur coupant l’accès à l’eau et à l’électricité. On en est venu à la conclusion que ce n’était plus gérable. Que le mal était fait, puisque l’immeuble avait été vendu. On a donc décidé de se retirer de la gestion du terrain. Ç’aurait été une guerre juridique, et nous n’en avons pas les moyens, nous sommes sans but lucratif.»

Les élus avaient donné des garanties

Lors de la vente de cet immeuble historique construit en 1931, la Ville avait pourtant tenté de rassurer tout le monde en précisant que l’entente avec Investissements Rue Wolfe comportait des garanties quant à la vocation du site.

«Cette transaction amène le nouveau propriétaire à conserver la vocation de marché public en louant (gratuitement) la partie extérieure de l’immeuble à la Ville jusqu’en 2022», avait commenté Frank Zampino, alors président du comité exécutif et responsable des finances à la Ville de Montréal, dans un communiqué daté du 6 novembre 2006.

En outre, cette condition était assortie de cinq options de renouvellement d’une durée de cinq ans chacune, «de manière à respecter l’entente intervenue avec la Corporation de gestion des marchés publics de Montréal, qui exploite déjà cet espace». Ce qui nous amène en 2047.

Le conseiller du district Sainte-Marie–Saint-Jacques, Sammy Forcillo, avait pour sa part indiqué que «la conservation et le renforcement de la vocation de marché alimentaire et public bénéficieront aux résidants du quartier», qui profiteront de services d’approvisionnement additionnels.

Or, malgré toutes les «obligations du locateur» inscrites dans le bail signé par la Ville et l’acquéreur, le Marché Saint-Jacques aurait déjà dû être rayé de la liste des marchés publics de Montréal, affirme Isabelle Létourneau, directrice des communications de la CGMPM. «Officiellement, on a encore un lieu avec le site extérieur mais c’est en train d’être coupé», résume-t-elle.

«On a encore un bail mais on cherche une façon de le résilier», précise Marc Angers.

Le Marché Saint-Jacques fait encore partie des marchés publics de Montréal sur la carte officielle fournie sur Internet par la Corporation de gestion des marchés publics, mais il ne devrait plus y être.

Dans le bail, il est notamment précisé, au point 3a) que le locateur «doit donner libre accès aux Lieux Loués aux employés du Locataire (la CGMPM) ainsi qu’au public, en tout temps pendant la durée du présent bail». L’article 3b) mentionne que Rosdev doit «permettre au Locataire de sous-louer les Lieux Loués». Et qu’à cette fin, le locateur «reconnaît que La Corporation de gestion des marchés publics de Montréal exploite présentement un marché public sur les Lieux Loués».

Les points suivants indiquent que Rosdev doit chauffer les lieux et fournir l’électricité nécessaire à l’utilisation des lieux loués selon les besoins du locataire. Ce qui n’a pas toujours été fait, selon la CGMPM.

Réplique de la Ville

À la Ville de Montréal, le porte-parole Gonzalo Nunez a indiqué à Rue Frontenac dans un courriel que la Ville et le propriétaire de l’immeuble «ne remettent pas en question la vocation de marché public actif dans le secteur de l’alimentation» et précise que, «d’ailleurs, c’était une condition de vente de l’immeuble».

«Les ententes existantes confirment le maintien de la vocation de marché actif dans le secteur de l’alimentation, tant pour le rez-de-chaussée du bâtiment que pour la partie extérieure du bâtiment réservée aux commerces d’alimentation», ajoute-t-il.

Chez Rosdev, le responsable du dossier, Alan Abramowicz, ne nous a pas rappelé. Mais une autre personne ne pouvant être identifiée a mentionné qu’il n’y avait plus de marché public parce que plusieurs «excellents joueurs» ont loué les espaces à l’intérieur. «On n’a pas besoin du soutien des marchés publics.»

Depuis la création de la CGMPM en 1993, «cinq ou six» marchés publics ont disparu du paysage montréalais, selon Marc Angers. Mis à part la privatisation du Marché Saint-Jacques, la plus récente fermeture d’un marché public remonte à il y a deux ans. Il s’agit du marché sur la place d’Armes, fermé en raison de travaux de réfection. Il a été décidé par la Ville que le site ne retrouverait pas son ancienne vocation, affirme la CGMPM.

À LIRE ÉGALEMENT :
Privatisation complète du marché Saint-Jacques: le marché Claude Plouffe en furie contre la Ville

 

Commentaires (7)

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bouché
0
vive le maché Maisonneuve...
dan , août 23, 2010
Gérant, Fromagerie Atwater, Marché St-Jacques
0
En effet, il est très désolant que la ville laisse aller ses marchés publics vers le privé. Il est aussi très désolant qu'une institution de quartier se trouve mise de côté dans ce nouveau projets. Mais peut être qu'il est éxagérer de mentionner que maintenant les résidents du centre-sud n'auront qu'a se nourrir de "cochonneries" de grande surface... La fromagerie Atwater a toujours encouragé les producteurs québécois en offrant une qualité de produits variés et une expertise dans le service à la clientèle. J'espère donc, que les résidents nous accueillerons dans leur quartier , sans nous tenir rigueur de la "guerre" qui opposse Rosdev et monsieurs Plouffe.
eric lapalme , août 23, 2010
arrêtons l'idéalisme
0
J'avoue que c'est bien un marché public, ca encourage les petits producteurs et nous permets d'avoir des produits frais. Reste que c'est pas intéressant pour les grosses poches, aussi bien raser le tout et bâtir une grande surface, ca c'est payant. L'histoire et les produit locaux, ca intéresse pas les politiciens qui vous intéresse pas. Money talk, Rosdev know it.
Keven , août 21, 2010
du fric toujours du fric !
0
Faites confiance au privé et voilà ce qui arrive !
La loi de l'argent pire que celle de la jungle car elle n'a aucunnes limites.
Les résidents du quartiers iront bouffer des saloperies chez "les exellents joueurs" et leurs enfants ne connaitront plus la saveur des fruits et légumes du Québec venu directement du producteur.
philippe jonqua , août 20, 2010
PPP
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autre exemple du PPP!!
Andrée , août 20, 2010
Bien-etre social corporatif
0
Dehors les petits producteurs qui rongenet les marges de profits des grandes surfaces. Pourquoi manger des fruits et legumes frais alors que l'on a la chance d'en manger qui ont votager des milliers de kilometres?

Rosdev c'est pas la gang qui a demoli le Spectrum dans le quartier des sepctacles apres avoir promis une nouvelle salle de spectacle, qui a fait volteface pour louer a un magasin d'electroiniques et qui n'a rien fait depuis suaf enlaidir le paysage?

Rosdev c'est pas la compagnie qui a demoli une batiment historique, Chez Ben, pour mettre un hotel?

Tout pour les petits amis, Harper et les pegtrolieres, Charest avec l'uranium et le gaz soterrain, Tremblay et le non developement de la ville au profit des grandes compagnies immobilieres.

Tout ca sur le dos de contribuables!
Monsieur Sylvain , août 20, 2010
toujours et encore!
0
Un autre des tizamis qui reçoit un bonbon du maire jelesavais Tremblay. Compagnie sérieuse que Rosdev, 1 faute à la 1ère ligne de leur site. Qui est à la tête de ce gobe-sous des contribuables ? Un effort messieurs les journalistes!!
miclot , août 19, 2010

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